Nul n’est prophète en son pays, comme disent les évangiles et la sagesse populaire, laquelle a souvent tendance à m’exaspérer quelque peu.
Bref.
Je m’attendais à trouver hier tout plein d’articles sur Internet à propos du “vœu pour changer le monde” formulé mercredi soir par JR à l’occasion de la remise du Ted Prize.
Mais que ce soit sur l’hégémonique moteur de recherche, son concurrent le plus direct ou son nouveau challenger, bernique ! Rien sur un artiste que la presse américaine qualifie de “supercolossal”…
Je n’ai trouvé, en français, qu’un seul article sur un site … kenyan (peperuka.com) !
Lamentable…
Je vais donc modestement pallier (une fois encore) les déficiences du monde médiatique de notre beau pays. Et ne pas vous faire patienter plus longtemps. Voici donc le vœu de JR :
“I wish for you to stand up for what you care about by participating in a global art project, and together we’ll turn the world… INSIDE OUT.”
Mettre le monde sens dessus dessous… Waouh ! Pour le coup, je vous ajoute la (presque) traduction du projet INSIDE OUT que j’ai récupérée chez Pepruka :
INSIDE OUT est un projet artistique, participatif et à grande échelle qui transforme les messages sur l’identité personnelle des gens en une oeuvre artistique. On demande à chacun de vous d’utiliser des photos portraits en noir et blanc pour faire découvrir, révéler et faire partager les histoires cachées et les images de gens partout dans le monde. Vos images digitales, téléchargées sur le site INSIDE OUT, seront imprimées en affiches qui seront envoyées aux co-participants pour qu’ils exposent dans leurs propres communautés. Tout le monde peut participer, seul ou en groupe; les affiches peuvent être placées n’importe où, d’une image isolée à la fenêtre de votre bureau jusqu’à un mur rempli de portraits dans un bâtiment abandonné ou un stade. Ces expositions seront référencées, archivées et visibles en ligne.
Alors, prêts à changer le monde ?
(photos des collages de JR sur les murs de Los Angeles,
sauf la dernière qui provient de Phnom Penh
et de la galerie Lazarides, qui vend les œuvres… après décrochage)
![]()
Je ne suis pas sûr que Stromae (alias Paul Van Haver, ce qui sonne plus belge) soit lui aussi prophète en son pays… mais il a reçu lui aussi un prix, celui du meilleur album de musique électronique aux Victoires la Musique. Franchement, je ne suis pas vraiment fan de musique électronique, mais par curiosité en l’entendant encensé hier à la radio, je suis allé jeter un œil et une oreille, et j’ai trouvé ça :




3 mars 2011
Ha ces JR ! C’est quelque chose quand même…
Supercolossaux.
Peut-être même, aller n’ayons pas peur des mots :
Supercalifragilisticexpialidocious.
Supercalifragilisticexpialidocious…
Il suffit parfois d’un mot pour que l’enfance remonte en bouffées de souvenirs sucrés.
Oserais-je avouer que mon cœur fondait alors pour Mary Poppins ?
Haaa ! Quel garçon n’a pas fondu pour Mary Poppins ?
De jolies choses, originales, drôles, poétiques selon les situations et les positions… mais « changez le monde » ?… je ne trouve décidément pas le rapport. Bref, j’attends de voir le film. En attendant, je reste fan d’un seul JR
Sinon, j’adore l’analyse de Jamel sur ce titre de Stromae !
peut-être simplement que porter un regard respectueux et attentif sur quelqu’un(e) qui jusque là était sans intérêt dans son bidonville ou sa favela, contribue à faire changer notre regard sur le monde, et donc à changer le monde, non ?.. bon, moi j’y crois en tous cas ! sourire
C’est effectivement le regard que je porte, moi, sur ces visages que je peux scruter depuis mon douillet chez-moi, et j’apprécie c’est vrai. Mais je me demande bien ce que peut en penser le « dépouillé de tout »(ou du moins de notre culture et de notre confort occidental) depuis son bidonville ; que peut lui inspirer tout ce déploiement d’onéreuse technicité ?
Mais quelque chose m’a sans doute échappé ?
sourire
Quelque chose qui échappe, c’est inhérent au monde complexe dans lequel nous sommes.
J’ai envie d’abord de faire un clin d’oeil à un autre homonyme, Jean Robert, coauteur avec Majid Rahnema d’un livre sur La Puissance des pauvres, à partir de la distinction entre la pauvreté (et ce qu’elle peut avoir de convivial et de digne) et la misère (qui détruit dignité et rapports sociaux)…
Pour revenir à JR, juste quelques mots avant de laisser parler les images.
Le projet 28 millimètres est né à Clichy, où l’électrocution « accidentelle » de Bouna Traoré et Zyed Benna le 27 octobre 2005 déclencha des émeutes qui embrasèrent les banlieues françaises pendant près de deux mois.
L’objectif de Portrait d’une génération était de porter sur les jeunes de ces cités un autre regard que celui des téléobjectifs des caméras de télévision ou des photographes d’agence. D’où le choix d’une focale ultra courte : 28mm.
En changeant – à travers ces clichés – le regard porté sur ces jeunes, JR leur donne aussi l’occasion de sortir du cliché de “jeunes des banlieues” par lequel on les résume si facilement, comme on le fait en parlant de manière générique de SDF, de chômeurs de longue duré, d’immigrés clandestins ou non, de mères célibataire, j’en passe. Ces mots qui enferment dans une catégorie et privent d’identité. En retrouvant une autre image de soi, à travers le regard du photographe puis le regard de l’autre, celui qui est photographié peut de réapproprier son identité.
Je pense ici au passage à Ricardo Montserrat, que j’ai eu la chance de rencontrer, et à son travail en atelier d’écriture avec des publics « défavorisés », qu’il aide lui aussi à “reconstruire à reconstruire une identité”.
Mais cela est une autre digression. Revenons à JR.
Face2Face, la deuxième étape du projet 28 millimètres, l’a conduit en Israël-Palestine, où il voulait montrer qu’au delà de ce qui les sépare, Israéliens et Palestiniens ont aussi assez de ressemblances pour se comprendre et vivre ensemble. Les photos ont été collées (il y a 4 ans tout juste aujourd’hui !), deux par deux, face à face, sur le mur de séparation. Le mur n’est pas tombé, mais des préjugés ont reculé.
Le troisième volet de 28 millimètres, Women are Heroes, s’est déroulé dans des lieux “fantasmatiques” de violence, pour démontrer, comme à Montfermeil, qu’au delà des actualités et de leurs images fugitives, il y a des personnes, avec une personnalité, une histoire, un désir de construire un avenir… Des femmes de chair, humaines, auquel JR fait la promesse de “faire voyager leur histoire”.
Alors oui, cela coûte de l’argent, mais tellement moins qu’Avatar ou le sauvetage des banques mondiales, pour un résultat tellement plus humain.
Et trois vidéos complémentaires
1. Clichy Montfermeill
2. Face to Face
3. extrait de Women are Heroes (le même que j’ai passé hier, où l’une des femmes explique pourquoi elle est “heureuse de participer”)
Ça fait un commentaire plus long que le billet original, mais j’espère que ça éclaire JR, au delà du “street artist”, excellent d’ailleurs !
merci pour ces compléments. dans le film, une des femmes (brésilienne, de Rio) explique qu’on ne parle de sa favela que pour dire la violence à chaque descente de police, et qu’on n’en parle jamais pour la douceur qui peut aussi y exister. la fillette de cette même favela, quant à elle, confie qu’elle veut toujours y vivre, dans sa favela…c’est vrai que ça paraît surréaliste pour nous nantis occidentaux, comme cette autre femme, cambodgienne, qui fait les décharges et qui dit en souriant à la caméra (on ne verra d’elle, sur les photos de JR, que ses yeux fermés et son visage serein magnifique): « la vie est pleine de surprises ! »…
A propos des yeux de Phnom Penh, on peut en acheter une lithographie signée et numérotée sur le site social-animals.net dont JR est le premier artiste accueilli :

Cliquer sur l’image pour aller sur le site…