Cuernavaca, Guadalajara, Cancún, Monterrey, Mexico, etc.

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Sale temps pour les poètes !

Après l’assassinat de de son fils Juan Francisco et de quatre jeunes de ses amis le 28 mars, le poète Javier Sicilia lui a dédié un dernier poème et a fait ses adieux à la poésie :

Le monde n’est plus digne de parole
Ils l’ont étouffée à l’intérieur de nous
Comme ils t’ont asphyxié
Comme ils t’ont déchiré les poumons
Et cette douleur ne me lâche pas
Seul le monde reste

A cause du silence des justes
Seulement à cause de ton silence et de mon silence, Juanelo
Le monde n’est plus digne de parole,
Voici mon dernier poème, je ne peux plus écrire de la poésie…
La poésie en moi n’existe plus

Un quarantaine de manifestations «pour la paix, contre la violence» se sont déroulées mercredi 6 avril dans tout le pays à l’appel de Javier Sicilia, vers lequel j’ai hésité un temps à vous mettre le lien avant de choisir de le reproduire ici en intégralité :

PUTAIN DE RAS-LE-BOL

(Lettre ouverte aux hommes politiques et aux criminels)

L’assassinat brutal de mon fils Juan Francisco, de Julio César Romero Jaime, de Luis Antonio Romero Jaime et de Gabriel Anejo Escalera, s’ajoute à ceux de tant d’autres jeunes hommes et jeunes femmes assassinés dans tout le pays, en long et en large, à cause, non seulement de la guerre déclarée par le gouvernement de Calderon contre le crime organisé, mais aussi en raison de la pourriture qui s’est emparée du cœur de la mal nommée classe politique ainsi que de la classe criminelle, qui a trahi ses codes d’honneur.

Dans cette lettre, je ne souhaite pas vous parler des vertus de mon fils, qui étaient immenses, ni de celles des autres jeunes garçons que j’ai vus grandir à ses côtés, que j’ai vus étudier, jouer, aimer, grandir, pour servir ce pays, tout comme tant d’autres garçons de ce pays que vous avez déchirés. Parler de cela ne servirait que pour émouvoir ce qui émeut déjà le cœur des citoyens jusqu’à l’indignation. Je ne souhaite pas non plus vous parler de la douleur de ma famille et des familles de chacun des jeunes anéantis. Il n’y a pas de mots pour cette douleur-là. Seule la poésie peut s’en approcher un peu mais vous ne connaissez rien à la poésie. Ce que je souhaite vous dire aujourd’hui de ces vies mutilées, de cette douleur qui n’a pas de nom parce qu’elle n’appartient pas au fruit de la nature -la mort d’un fils est toujours antinaturelle et c’est pour cela qu’elle n’a pas de nom : nous ne sommes plus orphelins ni veufs, nous sommes réduits à la simplicité et à la douleur du néant-.

Ce que je souhaite vous dire aujourd’hui de ces vies mutilées, je répète, de cette souffrance et de cette indignation que ces morts ont provoquées, c’est que nous avons tout simplement atteint un putain de ras-le-bol.

Nous avons atteint un putain de ras-le-bol contre vous, hommes politiques –et lorsque j’emploie ce terme je ne parle pas d’un parmi vous en particulier, mais de la plupart d’entre vous, y compris tous ceux qui composent les partis-, car dans vos luttes pour le pouvoir vous avez déchiré le tissu de la nation, parce qu’au sein de cette guerre mal lancée, mal organisée, mal dirigée, de cette guerre qui a mis le pays dans un état d’urgence, vous avez été incapables -par vos mesquineries, par vos antagonismes, vos misérables ragots, vos luttes pour le pouvoir- de créer les consensus dont ce pays a besoin pour retrouver l’unité sans laquelle il ne s’en sortira jamais. Nous avons atteint un putain de ras-le-bol parce que la corruption des institutions judiciaires est à l’origine de la complicité avec le crime et de l’impunité lorsqu’on le commet. Parce qu’au sein de cette corruption qui démontre l’échec de l’Etat, chaque citoyen de ce pays a été réduit à ce que le philosophe Giorgio Agamben a nommé, avec le mot grec, zoe : à la vie non protégée, à la vie d’un animal, d’un être qui peut être violenté, kidnappé, outragé et assassiné impunément. Nous avons atteint un putain de ras-le-bol parce que vous n’avez de l’imagination que pour la violence, pour les armes, pour l’insulte et avec cela, un profond mépris pour l’éducation, la culture et les opportunités de travail honnête et bon, qui est ce qui construit les vraies nations. Nous avons atteint un putain de ras-le-bol parce que cette faible imagination permet que nos jeunes, nos enfants ne soient pas seulement assassinés mais aussi transformés en criminels et faussement inculpés pour satisfaire les envies de cette imagination. Nous avons atteint un putain de ras-le-bol parce qu’une autre partie de nos jeunes, faute d’un plan du gouvernement, n’ont aucune opportunité pour accéder à l’éducation, pour trouver un travail digne et, poussés dans les périphéries urbaines, ils sont des recrues potentielles pour le crime organisé et pour la violence. Nous avons atteint un putain de ras-le-bol car, à cause de tout cela, les citoyens ont perdu confiance en leurs dirigeants, en leur policiers, en leur armée. Ils ont mal et ils ont peur. Nous avons atteint un putain de ras-le-bol car la seule chose qui compte pour vous, au-delà d’un pouvoir impuissant qui ne sert qu’à gérer le malheur, c’est l’argent, l’encouragement de la concurrence, de votre putain de « compétitivité » et de la consommation démesurée, qui sont d’autres façons de nommer la violence.

C’est de vous, criminels, dont nous avons atteint un putain de ras-le-bol. De votre violence, de votre perte d’honneur, de votre cruauté, de votre non-sens.

Auparavant, vous aviez des codes d’honneur. Vous n’étiez pas si cruels lors de vos règlements de compte et vous ne touchiez ni les citoyens ni leurs familles. Actuellement, vous agissez sans faire aucune distinction. Votre violence ne peut plus être nommée, contrairement à la douleur et à la souffrance qu’elle provoque, car elle a perdu son sens et son vrai nom. Vous avez même perdu la dignité de tuer. Vous êtes devenus des lâches comme les Sonderkommandos nazis qui assassinaient, sans aucun sens d’humanité, femmes et enfants, hommes et vieillards, jeunes hommes et jeunes femmes. C’est-à-dire, des innocents. Nous avons atteint un putain de ras-le-bol parce que votre violence est devenue infrahumaine, non pas animale. Les animaux ne font pas ce que vous faites. Votre violence est devenue démoniaque et stupide. Nous avons atteint un putain de ras-le-bol parce que votre soif de pouvoir et d’enrichissement humilient et détruisent nos enfants, en leur faisant peur et horreur.

Vous, « messieurs » politiciens, et vous, « messieurs » criminels, -je mets des guillemets car ce titre ne se donne qu’à des personnes honorables- rendez notre nation vile par vos omissions, vos disputes et vos actes. La mort de mon fils Juan Francisco a fait pousser des cris d’indignation aux cieux et a renforcé la solidarité des citoyens et des médias – ma famille et moi-même en sommes profondément reconnaissants. Cette indignation remet au goût du jour cette phrase si pertinente que Martí a adressé aux dirigeants : « Si vous ne pouvez pas, renoncez ». En la remettant au goût du jour -suite aux cadavres anonymes et identifiés que nous portons sur nos épaules, c’est-à-dire, aux milliers d’innocents assassinés et bafoués – cette phrase doit être accompagnée de grands mouvements citoyens qui les obligeront à s’unir, dans ces moments d’urgence nationale, pour créer un calendrier qui unisse la nation et crée une situation réellement gouvernable. Les réseaux citoyens de Morelos convoquent à une manifestation nationale le mercredi 6 avril qui commencera à 17 heures au Monument de la Colombe de la Paix pour arriver au Palais du gouvernement, et exiger justice et paix. Si nous ne nous unissons pas à elle et ne la reproduisons pas dans toutes les municipalités ou quartiers du pays, si nous ne sommes pas capables de cela pour vous obliger, « messieurs » politiciens, à gouverner avec justice et dignité, et à vous, « messieurs » criminels, à retourner à vos codes d’honneurs et à limiter votre sauvagerie, la spirale de la violence qui vous avez créée nous mènera vers un chemin d’horreur sans retour. Si vous, « messieurs » politiciens, ne gouvernez pas comme il se doit et ne prenez pas au sérieux le fait que nous vivons une situation d’urgence nationale qui nécessite l’unité, et vous, « messieurs » criminels, ne limitez pas vos actes, vous réussirez et obtiendrez le pouvoir, mais gouvernerez sur un tas d’ossatures et d’êtres intimidés et détruits dans l’âme. Un rêve qu’aucun d’entre nous ne vous envie.

Il n’y a pas de vie, écrivait Albert Camus, sans persuasion et sans paix. L’histoire actuelle du Mexique ne connaît que l’intimidation, la souffrance, la méfiance et la peur qu’un autre enfant d’une autre famille soit massacré. Cette histoire ne connaît que ce que vous nous demandez : que la mort devienne, tel que cela arrive déjà aujourd’hui, une affaire de statistique et d’administration à laquelle nous devrons tous nous habituer.

Parce que nous ne voulons pas cela, nous sortirons dans les rues mercredi prochain. Parce que nous ne voulons pas un jeune ou un enfant assassiné de plus, les réseaux de Morelos convoquent à une union citoyenne nationale que nous devons soutenir pour briser la peur et l’isolement que vous introduisez dans nos corps et âmes par votre incapacité, « messieurs » politiciens, et votre cruauté, « messieurs » criminels.

Je me souviens des vers de Bertolt Brecht lorsque l’horreur du nazisme, c’est-à-dire de l’horreur de l’installation du crime dans la vie quotidienne d’une nation, s’annonçait : « Un jour, ils sont venus chercher les noirs et je n’ai rien dit. Un autre jour, ils sont venus chercher les juifs et je n’ai rien dit. Un jour ils sont venus me chercher (ou chercher mon enfant) et je n’ai eu rien à dire ». Aujourd’hui, après tant de crimes que j’ai supportés, lorsque les corps détruits de mon fils et de ses amis ont déclenché la mobilisation de la citoyenneté et des médias, nous devons parler avec nos corps, avec notre marche, avec nos cris d’indignation pour que les vers de Brecht ne deviennent pas une réalité dans notre pays.

Enfin, je pense qu’il faut rendre la dignité au Mexique.

Javier Sicilia.

(photos Omar Torres, Alexandre Meneghini, Carlos Jasso, Alberto Millares,
Adid Jimenez, Alfredo Estrella, Alejandro Acosta, Tomas Bravo)

Si Christophe Colomb avait eu un peu plus le sens de l’orientation, il n’y aurait pas d’Amériques, les peuples auraient gardé leur nom, le trafic de stupéfiants ne serait peut être pas devenu le troisième commerce en importance dans le monde derrière le pétrole et l’alimentation, juste avant celui des armes et des médicaments (d’après l’Organisation mondiale de la santé).

Et l’on ne confondrait pas les Indiens et les Indiens.

Le Raghu Dixit Project est né à Bangalore, à l’initiative de Raghupathy Dixit, diplômé en microbiologie et danse indienne, reconverti en guitariste-compositeur-chanteur. La musique de ce collectif mêle des accents ethniques à des influences du monde entier. Après des centaines de concerts, en Inde et à travers le monde, le Raghu Dixit Project a pu enfin se produire en mars aux Etats-Unis, après que les autorités étasuniennes aient enfin accordé un visa à Raghupathy Dixit.

L’intégralité de leur concert au Kennedy Center de Washington est disponible ici, mais j’ai choisi pour vous une vidéo plus “locale” (et moins longue après ce fort long billet) : Hey Bhagwan.