Le billet du lundi n’est pas le plus facile, pour cause du dimanche qui le précède où parfois je me repose ou prends le temps, tranquillement, de ne rien faire. Le mieux possible.
J’avais prévu de vous proposer un article sur le nouvel an chinois, illustré de belles photos de dragons dont on entre dans l’année, mais une lectrice croisée la semaine dernière m’a fait remarquer que je l’avais déjà fait et que j’allais finir par tomber dans les sales habitudes marronnières et routinières de mes confrères journalistes.
Bref.
Puis l’actualité d’Internet m’a rattrapé et interpellé. La fermeture du 13e site de la planète en termes de fréquentation m’a posé tout un tas de questions, auxquelles je n’ai pas forcément de réponse immédiate mais que je partage volontiers avec vous, amis lecteurs aux capacités de réflexion toujours impressionnantes.
Si, si ! Sans rire.
1. Est-ce juste une coïncidence si la fermeture de Megaupload par le FBI est intervenue au lendemain du report de l’examen des lois SOPA (Stop Online Piracy Act ) et PIPA (Protect IP Act) par la Chambre des représentants et le Sénat étasuniens, sous la pression des protestataires du monde entier qui dénonçaient une escalade dans la censure de l’Internet ?
2. Pourquoi est il plus facile aux Etats-Unis de fermer Megaupload que Guantanamo ?
3. Qu’auraient écrit nos braves petits toutous médiatiques au sujet d’une fermeture du même genre décidée par un autre pays, genre par exemple et justement puisque c’est le Nouvel an là bas, la Chine ?
4. Pourquoi nous a-t-on tellement abreuvé avec l’enrichissement et les pratiques douteuses de Kim Dotcom (alias Kim Schmitz) et de ses associés, en nous épargnant celui et celles des pdg des différentes sociétés de production cinématographique ou musicale ?
5. Pourquoi parle-t-on toujours de défense du droit d’auteur au lieu d’appeler les choses par leur nom et d’évoquer la protection des profits d’une industrie ?
6. Pourquoi cette industrie s’obstine-t-elle à chercher à nous vendre quelque chose (un fichier numérique) qui ne coûte pratiquement rien ? (voir à ce sujet le dernier texte d’André Gorz), tentant de nous rejouer le coup du passage du vinyle au CD où, malgré l’abaissement des prix de revient, les prix de vente augmentèrent de manière conséquente. Pourquoi la logique capitaliste ne veut-elle pas faire “profiter” les consommateurs de la gratuité de la la production numérique ?
7. Avec quel argent, qu’elles tentent de distribuer de moins en moins à leur salariés (ah, ce fameux coût du travail…), les sociétés espèrent-elles que ces salariés devenus consommateurs vont pouvoir acheter leurs produits ? Pour mémoire, le remplissage “légal” d’un baladeur numérique estampillé d’une pomme couterait le prix d’une Porsche d’occasion !
8. Pourquoi les auteurs, dont on invoque si facilement les droits, sont-ils si mal rémunérés ? (9 cts par morceau pour les musiciens chez Itunes)
9. Pourquoi ne nous rappelle-t-on pas régulièrement que ce même droit d’auteur voit sa durée régulièrement allongée après la mort des dits auteurs pour protéger le copyright de Disney sur les oreilles de sa souris emblématique ?
10. Pourquoi la logique du copyright se bat-elle avec tant de force contre celle du “créative commons” ?
11. Pourquoi, après s’être attaqué au peer-to-peer, les états aux mains des lobbys qui les pilotent s’en prennent-ils aux sites de partage ?
12. A-t-on envie d’un Internet (et d’une société) où cette notion de partage, de solidarité, s’efface toujours davantage au bénéfice d’une logique de profit ?
13. Moins de 20 ans après la naissance de l’Internet, qui veut sa mort et par peur de quoi ?
14. Pour défendre les auteurs et la diffusion de leurs œuvres, pourquoi aucun ministre de la Culture (ou l’Unesco…) n’a l’idée de mettre en place une vaste médiathèque accessible au public ?
15. Que faisait Sarkozy debout à 3 heures du matin au lieu de se reposer de ses doubles journées de président-candidat ?
Entre autres…
Bonne semaine à vous. Et bonne année du dragon !
(photos : DR, Jean-Philippe Ksiazek, Aman Rochman)
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J’aurais pu, pour compléter cet article, vous proposer la vidéo de la Mega Song publicitaire, visionnée plus de 12 millions de fois ! Mais je ne suis pas là pour faire de la publicité à quiconque.
Sans aucun rapport donc, je suis heureux de partager avec vous cet extrait du dernier film d’Aki Kaurismäkis, Le Havre, qui nous donne le plaisir de retrouver Roberto Piazza, alias Little Bob, au mieux de sa forme. Rock’n'roll will never die !




22 janvier 2012
15 questions (pour le 23) qui n’ont finalement qu’une même et unique réponse… notre véritable dirigeant à tous !
