Ces enfants ne sont pas nos enfants
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Dilemme. En parler ou me taire ?

Puisque tout le monde en parle, pas seulement dans l’hexagone, mais tout le monde dans le monde, que puis-je ajouter au sujet du meurtre de quatre personnes dont trois enfants devant une école juive à Toulouse lundi matin ?

Rien.

Un peu de décence et le rappel que l’émotion n’est pas bonne conseillère.

J’avais envie de redire aujourd’hui que les enfants morts à Toulouse ne sont pas mes enfants (contrairement à ce qu’a déclaré même Jean-Luc Mélenchon pour lequel j’ai la plus haute estime). Et que c’est cette distinction et cette distanciation qui permettront la justice. Car si nous étions tous les parents de ces gosses, personne ne serait habilité à en juger l’assassin (comme je le développai jadis dans la version antérieure de ce blougui). Et j’espère qu’on le jugera après l’avoir capturé et non qu’on le lynchera pour plaire à “l’opinion publique” et épargner la responsabilité (l’irresponsabilité ?) des manipulateurs de cette opinion et autres agitateurs de rejet de l’autre dans ce passage à l’acte…

Bref.

Mais ce blougui n’oublie pas son propos : poser un regard sur le monde.

Je me suis retenu la semaine passée de faire un billet parallèle entre un accident de car, terrible et surmédiatisé, et un naufrage de ferry, tout aussi terrible mais largement moins couvert par les gazettes.

Le premier s’est produit en Suisse avec des enfants Belges et l’autre au Bangladesh…

Je n’aime pas l’indignation sélective. Toutes les morts d’enfants me révoltent. Toutes sont injustes. Que la cause en soit l’accident, la faim, la pauvreté, le travail, la guerre, ou la folie des hommes (bien souvent responsable de la faim, de la pauvreté, des guerres ou du travail des enfants… parfois aussi des accidents). Qu’ils meurent en Somalie ou aux Etats-Unis, au Mexique ou en Afghanistan, en France ou en Palestine…

C’est ce qu’a voulu rappeler sans doute Catherine Ashton. “Quand nous pensons à ce qui s’est passé aujourd’hui à Toulouse, quand nous nous souvenons de ce qui s’est passé en Norvège il y a un an, quand nous savons ce qui se passe en Syrie, quand nous voyons ce qui se passe à Gaza et dans différentes parties du monde, nous pensons aux jeunes et aux enfants qui perdent leur vie”, a déclaré la porte-parole de la diplomatie européenne en marge d’une réunion sur la jeunesse palestinienne à Bruxelles.

Ça n’a pas plu à la presse israélienne qui a fermement réagi.

Mais ça me plaît à moi. Et je l’espère à d’autres.

Sinon, c’était hier le printemps et aussi la Journée des Citoyens du Monde – Journée de l’Unité Mondiale.

Le premier était timide, la seconde est un peu passée inaperçue derrière le déferlement médiatique en direct des dizaines d’envoyés spéciaux dans la ville rose.

Pour marquer cette journée, à la citation : “Je suis un homme et rien de ce qui est humain, je crois, ne m’est étranger”, je voudrais répondre : Rien de ce qui est inhumain ne me laisse indifférent.

*

Une seule image aujourd’hui. Celle d’une enfant qui pleure en attendant sa ration de riz distribuée par des ONG à Quezon City, aux Philippines, où les prix s’envolent à nouveau : ceux de l’essence comme ceux de la nourriture… dans un monde inhumain.

(photo Noël Celis)

Ce n’est peut être pas encore l’unité mondiale mais un pas vers la réconciliation et l’unité d’un pays déchiré par ses dernières élections. Les deux chanteuses ivoiriennes Dobet Gnahoré (qui a déjà eu les honneurs d’abcdetc) et Manou Gallo (invitée pour la première fois) se sont réunies pour chanter leur pays, Ma Côte d’Ivoire, “une et indivisible”. Comme le monde.

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