La bourse ou la vie ?

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J’ai dû me pincer hier matin pour vérifier que je ne rêvais pas après une nuit de sommeil trop courte et un peu agitée.

Il faut dire que la radio et les gazettes annonçaient avec un certain unisson un crash boursier chinois (que tout laissait prévoir dans les semaines passées…) en tentant cependant de nous rassurer en nous expliquant que la chute des valeurs n’aurait pas vraiment d’influence sur notre quotidien de consommateur occidental et que de toutes façons cela n’avait que peu de rapport avec la réalité.

Je vous ai trouvé un petit florilège de ces déclarations sur “l’économie réelle”.

“Les liquidités se sont accumulées dans l’économie virtuelle (alimentant en particulier les marchés boursiers) plutôt que dans l’économie réelle.” (Liu Li-Gang, économiste de la banque AN, cité par Le Parisien via L’AFP)

“Les Bourses chinoises s’étaient envolées de 150% en l’espace d’un an, dopées par un endettement massif et déconnectées de l’économie réelle.” (L’AFP toujours)

“Ces chutes lundi sont aussi l’éclatement d’une bulle financière, signe d’un décalage des marchés avec l’économie réelle.” (Marina Cabiten sur France-Bleue)

“Il y a quand même une différence entre marché boursier et économie réelle.” (Philippe Ledent, économiste ING, sur RTBF)

“On assiste actuellement à un ajustement par rapport à l’économie réelle.” (Philippe Waechter, directeur des recherches économiques chez Natixis Asset Management, interviewé par Francetvinfo)

“Il faut aussi relativiser le poids de la Bourse dans l’économie réelle chinoise.” (Sylvain Broyer, économiste lui aussi chez Natixis, interviewé par L’Express-L’Expansion)

“L’impact de la dégringolade des marchés sur l’économie réelle sera probablement limité.” (Sous-titre d’un article réservé aux abonnés de L’Opinion)

“Mais au total, pas de quoi renverser l’économie réelle.” (Marion L’Hour sur France-Inter)

“Une croissance factice qui a fini par se cogner à l’économie réelle.” (Victor Point dans 20minutes)

“Chine : derrière le plongeon des marchés, la crise de l’économie réelle.” (Titre de l’article de Claire Guélaud dans Le Monde)

 “Les liquidités se sont accumulées dans l’économie virtuelle. Il faut faire plus pour l’économie réelle.” (Patrice Gautry, chef économiste d’UBP cité par Le Figaro)

La banque centrale s’efforce désormais de guider ces fonds [d’État] vers l’économie réelle.” (Wang Shengzu, économiste de Barclays Capital cité par La Croix)

“L’économie réelle de la Chine ralentit mais il est tout à fait naturel que cela se produise.” (Carlo Cottarelli, directeur exécutif du Fonds monétaire international, cité par Boursorama… dimanche dernier à la veille du crash)

Mais vous pouvez en trouver plein d’autres par vous même (en français comme en anglais, et peut être en chinois ?). Il y a même un site Internet éponyme, créé par … PSA, pour financer ses ventes de voitures.

Bref.

Il est vrai que l’économie irréelle, virtuelle, fausse, abstraite, artificielle, factice, illusoire, mensongère, théorique, imaginaire, fictive, etc. représente largement plus que l’autre si l’on en croit certains chiffres, comme ceux de ce tableau trouvé ici :

Ou ce ratio que j’ai trouvé plusieurs fois cité (en cherchant un graphique publié jadis sur une double page du Monde diplomatique, avis aux archivistes…)

En 1990, le montant des transactions financières représentait déjà 15 fois la valeur du PIB mondial. À la veille de la crise, en 2007, ce montant atteignait 70 fois le PIB mondial.

Et comme la folie spéculative n’a pas été vraiment (réellement?) freinée par la dite crise, on peut imaginer que le rapport c’est encore accru. De là à conclure que l’impact sur nos vies de la “crise” chinoise sera au moins 70 fois moins importants que sur celles du Pékinois moyen (ou pas)…

On peut raisonnablement penser tranquillement à autre chose.

Comme les lecteurs du Monde, qui plaçaient hier en tête des des articles les plus partagés, un billet du blog “Passeurs de sciences” de Pierre Barthélémy, qui répondait à l’angoissante question : Qui a découvert le clitoris ? à partir d’une étude publiée en 2010 dans l’European Journal of Obstetrics & Gynecology and Reproductive Biology et joliment intitulée Colombo and the clitoris.

Rien à voir avec Peter Falk, mais plutôt avec Realdo Colombo lequel, dans De re anatomica, un ouvrage rédigé de 1542 jusqu’à sa mort en 1559,  localise le clitoris et le décrit comme  “le siège principal du plaisir des femmes pendant les rapports sexuels” ajoutant que “s’il est permis de donner un nom aux choses découvertes par moi, cela devrait être appelé l’amour ou la douceur de Vénus. On ne peut dire à quel point je suis surpris par le fait que de si nombreux remarquables anatomistes ne l’aient pas détecté.”

Voilà un beau retour à la réalité du monde. Même si pour ma part, j’attribuerais plus volontiers la découverte du clitoris à Eve ou à Lucy…

Quant à la photo du jour, elle n’a (malgré certaines apparences) aucun rapport avec le clitoris et je l’avais choisie avant de trouver l’article de Pierre Barthélémy. Rien de sexuel donc (ni de vraiment boursier). Juste l’image (parmi d’autres) de la naissance de deux bébés pandas dimanche au zoo de Washington dont je ne savais pas trop dans quel billet j’allais la publier…

(photos : Becky Malinsky)

De la réalité au Real World de Peter Gabriel. C’est cohérent, non ?

C’est en visitant le site du label, que j’ai découvert les Colombiens de Sidestepper, avec ce titre Come See Us Play extrait de leur prochain album, à paraître en janvier 2016, sous le titre Supernatural Love.

Et vous m’excuserez si je vous laisse établir les rapports entre “amour supernaturel”, économie réelle, clitoris et pandas…