Fruits de saison

,

Slide 1
Slide 2

(photos : Carolyn Kaster, Maxim Shipenkov)

“Cinq fruits et légumes par jour”, conseille la réclame pour la bonne santé. Désolé si je n’en ai que deux à vous proposer.

La première photo du jour nous montre un président étasunien, Barack Obama, en mode touriste, se désaltérant dans une noix de coco, à Luang Prabang, Laos.

Sur la seconde, on voit le cosmonaute Alexey Ovchinin poser, une pastèque dans les mains, peu de temps après son retour sur terre à Zhezkazgan, Kazakhstan, en compagnie de deux autres passagers de la station spatiale internationale (ISS), son compatriote Oleg Skripochka  et de l’astronaute Jeff Williams, qui n’ont pas eu droit à une pastèque. Ne me demandez pas pourquoi.

Les deux photos ont été prises mercredi 7 septembre et se succédaient dans cet ordre dans la galerie du jour de mes confrères du Telegraph. À part ce voisinage, elles n’ont apparemment aucun rapport entre elles. Mais patience…

Sur le web, Barack Obama est largement plus présent qu’Alexey Ovchinin ou même Jeff Williams, nouveau recordman des séjours en orbite. Il faut reconnaître que le buveur de noix de coco (et ne comptez pas sur moi pour déraper sur des analogies douteuses…) est hyper photogénique. C’est d’ailleurs peut être ce que l’histoire retiendra le plus de ses 8 ans au pouvoir. Il faut dire aussi que la conquête spatiale fait beaucoup moins rêver que dans les années 60 où l’on scrutait le ciel pour tenter d’apercevoir les capsules Apollo qui le traversaient.

Ou pour regarder tomber les bombes.

Car, au delà des noix de coco, l’actualité en provenance du Laos nous rappelle que de 1964 à 1973, en pleine guerre au Vietnam voisin, trois millions de tonnes de bombes ont été déversées sur un territoire trois fois plus petit que la France. De sales souvenirs dont le présent a été photographié par Jorge Silva de Reuters

…et que mes confrères de la presse internationale commentent à l’occasion de la visite présidentielle étasunienne dans ce pays bombardé naguère par 270 millions de saloperies, dont un tiers n’a pas explosé et qui ont encore tué 20.000 personnes depuis la “fin” de la guerre.

Et le nettoyage n’est pas terminé.

Depuis 20 ans, les États-Unis apportent une contribution de 5 millions de dollars par an au déminage. Une somme dérisoire comparée aux 17 millions de dollars quotidiens que leur auraient coûté les bombardements de l’époque.

Un montant jugé également insuffisant pour mener à terme une tâche gigantesque. Aussi, dans un geste généreux, le président étasunien a-t-il annoncé le sextuplement de cette aide (30 millions…) pour les trois prochaines années.

“Nous avons la responsabilité morale d’aider ce pays”, a justifié Barack Obama qui, comme à Hiroshima en mai dernier, s’est bien gardé de présenter des excuses au nom de son pays.

Responsable mais pas coupable, ça rappelle quelque chose. Mais ça a quand même quelque chose … d’immoral.

Mais comme il doit parfois se souvenir de son prix Nobel de la paix attribué un peu précipitamment, Barack Obama s’est aussi fendu d’un petit couplet pacifiste et lénifiant :

“Ce conflit doit nous rappeler que, quelles qu’en soient les causes, quelles qu’en soient les intentions, la guerre a un coût désastreux, en particulier pour les hommes, les femmes et les enfants innocents.”

Ça ne coûte pas grand chose. Moins en tout cas que de réelles réparations de guerre.

En lisant ce genre de déclarations puis en regardant ce monde tellement secoué encore de conflits où la “responsabilité” de l’occident est en cause, je me suis demandé quel acte de contrition oserait faire, dans 40 ans, le successeur d’Obama à Kaboul, à Bagdad, ou ailleurs, en se gardant bien de présenter des excuses à des victimes, pas toutes collatérales, de guerres pas toutes justes…

Ou alors, est-ce qu’on l’aura mis sur orbite, avec quelques pastèques pour le voyage ?

En cherchant une rock star du côté du Laos, je suis arrivé sur des articles traitant de Rodrigo Duterte. Le fameux nouveau président philippin qui a traité son homologue étasunien de “fils de pute”.

Mais comme je n’ai trouvé aucune vidéo de lui en concert, j’ai cherché autre chose.

Et j’ai découvert Elektro Hafiz à Cologne. Un natif d’Istanbul qui n’a rien perdu de ses racines musicales en traversant les frontières.