Une joie profonde

Slide 1

“Les mains ouvertes devant toi Seigneur, pour t’offrir le monde…”

Je ne sais pas vous, mais moi, en voyant l’image du jour, j’ai eu aussitôt comme une remontée de cantiques d’enfance. Sans doute mes racines chrétiennes, comme diraient d’autres que je ne citerai pas pour ne pas passer pour ce que je ne suis plus. Mais même en devenant ce que je suis, pour paraphraser Nietzsche que je n’ai (toujours) pas lu et que je ne connais que par l’intermédiaire de citations tronquées et d’un nom que j’hésite toujours à orthographier (aujourd’hui j’y suis parvenu sans même passer par un copier coller…), même en devenant toujours davantage moi même, je reste autant ignorant de qui je suis qu’empreint encore de ces fameuses racines chrétiennes qui me font fredonner des bouts de cantiques quand je vois des mains ouvertes en signe de prière. Avec en plus l’évocation d’une transmission filiale… Moment d’émotion et de nostalgie.

Bref, je ne sais pas vous. Normal. Il y a plusieurs jours que je parle dans le silence. À part un commentaire il y a une semaine, qui m’a rappelé que le désert est parsemé de quelques oasis, il y a tellement peu de signes de vie sur ce blougui que j’ai parfois l’impression de parler seul. Comme les fous que je redoutais gamin. En les croisant au sortir de la messe ? De l’école aussi, dont je rentrais seul, accompagné de tant de pensées déjà que je ne m’en apercevais pas.

Comme aujourd’hui finalement. Ce penchant misanthropique, malgré mon amour du prochain, ne s’est pas vraiment transformé dans mon devenir. Et concernant l’amour du prochain, il s’est souvent plutôt manifesté en amour de la prochaine. Jadis.

Bon, j’arrête là les digressions sans intérêt et un peu narcissiques qui ne risquent pas de faire monter l’audience autant que les flaques d’eau dont m’a fait part hier le quotidien jadis de références et sans photographies (si j’ai bonne mémoire) et qui m’envoie aujourd’hui, via sa lettre d’infos quotidienne, des vidéos qui témoignent d’un certain glissement des intérêts planétaires.

J’arrête aussi parce que comme j’ai indiqué l’adresse de ce blougui sur mon CV, je doute de mes chances d’être recruté si un(e) représentant(e) quelconque (ou pas) d’une DRH clique sur ce billet au hasard de la mosaïque d’accueil. Tout ça parce que les mains en geste de prière lui ont rappelé un cantique. Mal barré. Autant que si mon employeur actuel (celui me paye et participe donc à sa manière à la survie de ce blougui) arrive ici et apprend que j’en suis à envoyer des CV. Sans même se questionner sur sa part de responsabilité dans mon désir de changement pas vraiment nitzschéen…

Bref.

Aux lecteurs et lectrices incongrus ou tellement fidèles qui sont arrivés jusqu’ici, je peux quand même révéler que les mains ci-dessus n’ont absolument rien de chrétien, puisqu’elle ont été photographiées lundi dernier à l’occasion des prières de l’Aïd. Comme quoi on peut facilement se laisser emporter par une mauvaise interprétation d’une simple image. Un cliché. Et à propos de clichés, j’ajouterai que la photo a été prise à Calcutta, pour ceux qui amalgament encore Indiens et hindous et auxquels je rappelle une nouvelle fois que l’Inde compte la troisième population musulmane du monde après l’Indonésie et le Pakistan.

Et donc que les Indiens sont autant végétariens que les bouddhistes sont pacifiques. Phrase un peu absconse, je le reconnais, mais qui me permet à la fois de placer deux autres images, toujours en provenance de Calcutta, et de signaler que le Dalaï Lama ne m’a demandé aucun entretien. Ni envoyé de CV…

Et pour conclure, je vous donne aussi la rime du cantique, qui disait : “Notre joie est profonde”. Ce qui explique à la fois le titre du jour et la présence deux jours de suite de l’Aïd dans ces pages. Non parce que, de mes racines chrétiennes j’aurais opéré un glissement vers je ne sais quelle radicalisation (ceci dit aussi pour d’hypothétiques lecteurs qui pourraient – absurdement – me ficher de travers), mais à cause d’une certaine joie, teintée de nostalgie, mais tellement simple que m’ont procurée ces images.

(Photos : Piyal Adhikary, Rupak De Chowdhuri)

J’allais mettre ce billet en ligne lorsqu’un nouveau signe m’a été fait dans les commentaires au billet d’hier.

Alors, en remerciements à cette lectrice fidèle dont je ne dénoncerai rien, je peux quand même révéler qu’elle est aussi la fournisseuse de certaines pépites musicales de ce blougui.

En double remerciement, je lui adresse donc cette version live de Bachar Mar-Khalifé interprétant son Kyrie Eleison (proposé ici en mars dernier).