Abidjan, Tripoli, New-York, Paris, Benghazi, Ayutthaya

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“La vie est faite de morceaux qui ne se joignent pas”.

En préparant le billet d’aujourd’hui, j’ai cherché un moment à échapper à la première photo que je trouvais pitoyable. Non pas tant à cause de l’allure dépenaillée de Laurent Gbagbo et de sa femme Simone exhibés comme des trophées après avoir été extirpés de leur “bunker”, qu’à cause de cette exhibition, justement.

Et je me disais qu’il est tellement facile de se trouver du côté des plus forts, quitte à changer de côté au bon moment.

Et il n’est pas besoin de remonter à l’occupation ou à la Libération pour en trouver des exemples.

En voyant Gbagbo, j’ai pensé à Kadhafi, s’exhibant lui-même dimanche dernier à Tripoli, devant ses troupes et les photographes ravis de l’aubaine. La première fois que j’ai vu cette image, je m’étais juste dit : “tiens, il a changé de voiture”.

Puis je me suis souvenu d’Alain Juppé, promettant au moment du lancement de l’opération “Aube de l’Odyssée” (rebaptisée depuis “croisade par Claude Guéant) que tout cela durerait quelques jours, voire quelques semaines, mais pas des mois. C’était le 19 mars. déjà…

Comme le temps passe.

Il y a quatre ans à peine, tout ce beau monde s’aimait, se congratulait, se rencontrait, faisait affaire… On ne demandait au peuple que de se frotter les mains devant la manne de milliards qu’allaient déverser sur notre beau pays les contrats pour dessaler l’eau de la mer libyenne avec un réacteur nucléaire et autres armes, à usage pacifique bien sûr.

Aujourd’hui, les clients sont devenus indésirables.

Et les bons peuples libérés ou en passe de l’être sont priés d’applaudir leurs libérateurs. Ce qu’ils ne font pas tous avec enthousiasme. Au moment où fleurissaient les pancartes de remerciements sur le sol libyen, quelques enragés ivoiriens manifestaient encore contre ce qu’ils jugeaient être un néo-colonialisme de mauvais augure.

Les temps changent si vite, et les ennemis qu’on nous désigne, et le bon côté où nous devrions toujours nous trouver… et j’ai le tournis de ces informations déversées qui ne nous donnent plus le temps de penser, de réfléchir, de comprendre ce qui se passe VRAIMENT.

Et j’ai pris les photos de Gbagbo, de Kadhafi, de Sarkozy, je me suis encore demandé quelle était la ligne de ce blog…

Et devant tous ces morceaux qui ne se joignaient pas, j’ai repensé à la revue de presse du matin sur France-Culture, qui citait un dossier de la Repubblica, que je n’ai pas réussi à retrouver, à cause de ma méconnaissance totale de l’italien, mais dont je vous livre la citation faite (hier matin donc) par Cécile de Kervasdoué :

Ne rien faire une heure par jour, sans avoir peur de l’ennui, ça vaut toutes les thérapies : cela permet d’affronter le temps mort, la solitude et notre propre mort sans crainte ; de prendre plaisir aussi avec sa propre personne… mais surtout rappelle la Repubblica: l’ennui est l’élément indispensable à une pensée libre et créatrice, loin de tout prêt à penser.

Parce que le prêt à penser est omniprésent dans nos sociétés ; tout simplement parce que nous ne prenons pas le temps, pas le recul, la hauteur nécessaire pour tenter de comprendre, de sentir, de peser, de critiquer et surtout d’imaginer des alternatives…

Oh, comme j’aimerais qu’il y ait une alternative plutôt qu’une alternance.

Alors j’ai glissé dans le paquet la dernière photo, qui n’a absolument rien à voir avec les précédentes et qui aurait pu finir en simple image du jour, si je n’avais pas été noyé d’actualités, si je n’avais pas été touché du regard désemparé des Gbagbo, si je ne m’étais pas moi même senti désemparé de mon regard sur le monde.

C’est juste une image* de la fête de Songkran qui célèbre le Nouvel An thaïlandais, qui commence cette année aujourd’hui, le 13 avril, et à l’occasion de laquelle la coutume veut que tout le monde s’asperge d’eau.

Bonne année donc aux Thaïlandais – et aux autres.

(photos DR, Louafi Larbi, Thierry Gouegnon, Eric Feferberg, Patrick Baz, Jean-Philippe Ksiazek, Pornchai Kittiwongsakul)
* Et je ne vais pas en rajouter en vous disant qu’en voyant la Toyota, j’ai pensé à Fukushima qui fuit depuis un mois déjà.

Quitte à faire, puisque cette phrase musicale m’a trotté dans la tête une bonne partie de la journée, autant la partager avec vous. Ce n’est pas beaucoup plus dans la ligne musicale “musiques du monde” que le billet du jour n’est dans la ligne – indéfinie – de ce blougui.

Mais j’aime bien cette ritournelle (reprise paraît-il par une certaine Françoise Hardy) et la mise en “lettres” est un joli clin d’œil à abcdetc. Ça s’appelle Modern Style et c’est chanté en 1997, par Jean Bart. Qui est suisse quand même !