A titre de comparaison

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Depuis maintenant 5 jours que le Costa Concordia a fait naufrage près de l’île italienne de Giglio, j’attends.

Non pas que le nombre des victimes augmente (il était 11 hier soir au moment où je rédigeais se billet), ou que Francesco Schettino, le commandant du paquebot géant, fasse un numéro de mea culpa à leur destination. Pas même que de nouvelles images viennent s’ajouter aux milliers de photos déjà publiées chez mes confrères.

J’attends juste un autre chiffre, une autre énumération. Une autre comparaison que celles dont on nous rebat les yeux et les oreilles, avec au choix Le Titanic, dont on commémorera cette année le centenaire du naufrage le plus célèbre de l’histoire, ou les finances françaises et européennes, avec la perte du triple A qui ne signe finalement que le naufrage d’une politique libérale, de la concurrence libre et non faussée ou de la souveraineté des marchés…

Hier, j’ai eu un vague espoir, avec la publication ici ou là de la liste des naufrages les plus meurtriers en Europe depuis 20 ans.

Mais le compte n’y était pas. A peine étaient mentionnés les “environ 150 réfugiés somaliens et érythréens partis de Libye [disparus] dans le naufrage de leur embarcation au sud de l’île italienne de Lampedusa”. C’était en avril dernier.

J’ai donc cherché par moi même. Et j’ai trouvé sur le blog de Gabriele Del Grande, Fortress Europe, (en italien mais vous pouvez traduire la page chez google), une longue et funèbre liste de 18058 morts aux frontières de l’Europe depuis 1988 ! Dont plus de 2250 en 2011…

Comparaison n’est pas raison. Je sais. Mais la mienne vaut autant que celle du Titanic ou du triple A.

Car depuis vendredi, assourdi des nouvelles de ces pauvres touristes, sans doute victimes autant d’un capitaine idiot que d’un armateur inconscient, je ne cesse de penser à ceux dont on parle à peine et qu’on ne voit pas !

Les milliers d’humains qui espèrent trouver chez nous un avenir meilleur et un présent à peine supportable, et qui tentent la traversée au péril de leur vie qui ne vaut pas trois lignes dans un journal ou 30 secondes dans un JT. Et qui échouent, au sens propre comme au figuré, sans avoir toujours la chance d’être repêchés par les garde-côtes italiens, comme en avril dernier, ou matais, comme en juin.

DEUX MILLE DEUX CENT CINQUANTE personnes l’an passé !

En entendant hier matin à la radio un des envoyés spéciaux nous parler des cris de détresse des passagers du Costa Concordia qu’on entendait vendredi jusqu’à la côte, je pensais à ces cris de détresse inaudibles, couverts même par les cris de haine de ceux qui voudraient les rejeter à la mer* !

(photos : Max Rossi, DR, Samuel Aranda, DR)

*Puisque ceux-ci sont parfois les mêmes que ceux qui prônent la rigueur pour rétablir les équilibres financiers ou qui trouvent que l’immigration nous coûte cher, j’ai trouvé un autre chiffre sur le même blog italien (dans une page traduite cette fois-ci) : pour expulser 2038 personnes, Frontex (organisme qui “protège” les frontières de l’Europe) a dépensé 8,5 millions d’euros en 2010 !

En parcourant les pages de Fortress Europe, j’ai aussi trouvé Partir loin, du groupe 113 et du rappeur algérien Reda Taliani… Et les paroles sont ici.