L’amour est à réinventer

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Cela n’a sans doute échappé à personne : c’est aujourd’hui la Saint-Valentin.

J’aurais pu vous proposer, avec les dizaines d’images que j’ai vues à travers le monde – de New-York au Liban – en préparant ce billet, une longue série de cœurs et d’amoureux, sans queue ni tête… ni cœur.

J’aurais pu vous amuser ou vous cultiver, en vous apprenant que la Saint-Valentin est fériée au Pérou pour soutenir “l’objectif stratégique de croissance du secteur du tourisme et de l’industrie d’accueil”, interdite en Ouzbékistan, pour épargner aux habitants l’invasion commerciale, que le bélier Changmao et la biche Chunzi seront mariés pour l’occasion au zoo de Kunming, dans la province chinoise de Yunnan, que les autorités thaïlandaises ont instauré un couvre-feu pour les mineurs tandis que des milliers de couples, locaux ou touristiques, convoleront en “justes” noces, ou que les extrémistes hindouistes du Sri Ram Sena, qui brûlent pour l’occasion les symboles de ce qu’ils considèrent comme une influence occidentale néfaste, ont au moins un point d’accord avec les islamistes pakistanais du Tanzeem-e-Islami de l’autre côté de la frontière…

J’aurais pu vous alerter sur la catastrophe écologique et sociale que représentent les millions de roses sans parfum ni épines qui vont être offertes aujourd’hui, sur la misère des travailleurs colombiens exploités, sur les lacs kenyans asséchés, pour produire des fleurs qui ne rappellent plus à personne que “l’essentiel est invisible pour les yeux”.

J’ai eu juste envie de vomir et de pleurer devant l’invasion publicitaire et mercantile de ce dernier espace de la sphère privée que les marchands rêvent d’investir pour y imposer leur loi libérale, avec en l’occurrence la complicité des libertaires, y établir leurs logiques de profit, de consommation, de fragilité, de précarité…

“La vie, la santé, l’amour sont précaires, pourquoi le travail échapperait-il à cette loi ?” martelait il y a deux ans Laurence Parisot, patronne du Medef, dont on sait qu’elle ne connaît rien ni à l’amour ni à la vie.

“Je pense de toutes mes forces, qu’il faut s’aimer, à tort et à travers”, scandait pour sa part Nougaro sur les paroles de Julos Beaucarne.

Aimez-vous, à tort et à travers oui, mais pas à crédit !

(photos : DR, Ali Hashisho, China Daily, Wason Wanichakorn, China Daily, Channi Anand, Rizwan Tabassum, Guillermo Legaria, Raoul Coutard)

Avec mon anglais approximatif, je pensais que Tainted Love signifiait Amour teinté (en couleurs) et je m’apprêtais à faire une habile transition avec la dernière photo en noir & blanc de la série. Mas ça veut dire amour souillé, m’a appris wikipedia qui m’a aussi appris que ce que je pensais être une chanson originale de Soft Cell, en 1981, n’est en fait qu’une reprise d’un morceau créé en 1964 par Ed Cobb du groupe The Four Preps.

Bref.

Nous ne sommes pas samedi et je ne vous en offrirai donc qu’une reprise que j’ai trouvée pour vous tout récemment. Elle est proposée sur son tout nouveau CD, Essentials, par Karen Souza, dont on sait pas grand chose des origines (étasunienne ou sud-américaine ?) mais dont je vous laisse apprécier le talent.