La mémoire et la mer

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Parfois, quand on me demande quand je suis né, je réponds : “juste avant la fin de la dernière guerre”.

Mes interlocuteurs me regardent alors d’un air étonné devant mon apparente jeunesse pour mes 67 ans, mais je les corrige avec un sourire en leur rappelant que la guerre s’est terminée en 1962.

Pour partager avec les lecteurs de ce blougui cette plaisanterie dont je ne me lasse pas, je pensais vous faire un billet spécial Accords d’Evian du 18 mars et cessez-le-feu du 19, m’attendant à trouver des deux côtés de la Méditerranée de nombreuses photographies de commémoration.

Mais sur cette rive comme sur l’autre, les états ne semblent guère désireux de verser dans la célébration. Pour cause de mémoire en Algérie et pour raisons électorales chez nous… Sarkozy courtise le vote des rapatriés et son homologue Hollande ne voudrait pas trop les fâcher non plus. Ceux que l’on désigne comme les “principaux” candidats s’accordent même pour refuser toute “repentance”.

Il y a comme une obstination à refuser le passé colonial de la France à travers l’évitement de commémorer sa fin tragique. Nous sommes encore empêtrés de ce passé honteux que nous n’osons regarder en face. En témoignent le temps qu’il aura fallu pour que les “événements” d’Algérie prennent enfin le nom de guerre ou les tentatives récentes d’inscrire dans la loi française les “aspects positifs de la colonisation”.

Il reste bien du chemin à parcourir dans nos têtes et nos consciences pour que le post-colonialisme, qui est au programme des universités anglo-saxonnes, soit enseigné dans nos facultés.

Ceux qui ne se souviennent pas du passé sont condamnés à le revivre.

PS : Pour le coup, il n’y a aujourd’hui que deux images : l’une toute récente d’un président du refus du pardon et l’autre du Jour de l’Indépendance, le 2 juillet 1962, déjà parue dans ces colonnes

(Photos Claude Paris, Marc Riboud)

Pour compenser la faiblesse iconographique du jour, je vous propose un double programme musical.

Avec Karim Chaya, immigré algérien pendant la décennie noire et fondateur du groupe El Gafla qui vient de commettre un nouvel album, Salam à toi, dont est extrait Paname, et Ridan, alias Nadir Kouidri, chanteur français né à Brou-sur-Chantereine, qui sort son prochain album, Madame la République, le 10 avril prochain, et qui nous offre en avant-goût Ah les Salauds !