Les mots et les morts

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J’ai évoqué il y a deux jours les problèmes linguistiques que pose parfois l’élaboration quotidienne de ce blougui. Je vais aujourd’hui “illustrer” les soucis iconographiques qui se présentent parfois.

Ainsi, suis-je tombé lundi dernier sur un article du Monde titré “L’armée américaine enregistre un suicide par jour depuis janvier” où j’apprends qu’il y a eu 154 suicides dans les troupes américaines depuis le début de l’année, soit plus que de morts au combat en Afghanistan (127).

Je vous laisse découvrir l’article ou aller plus loin à travers le site Stop Soldier Suicide… et je vous raconte les problèmes d’illustration.

Pas facile en effet de trouver les photographies en rapport avec cette information. En tapant les mots soldier + suicide chez mon fournisseur habituel, ça me parle plus d’attentat suicide contre des soldats que de suicide par eux-mêmes. Les corps doivent être cachés, comme le sont ceux des militaires morts au combat, qui n’apparaissent que sous la forme de cercueils dignement drapés du drapeau national, rarement de cadavre. La photo n°4 où vous voyez Charlie Co à terre n’est qu’une image prise en manœuvres. Les visions de blessés sont tout aussi rares…

Les armées ont de ces pudeurs de jeunes vierges et préfèrent continuer à nous faire croire aux guerres chirurgicales qui ne tuent que les méchants. Ainsi qu’au moral des armées, auquel il n’est pas conseillé de porter atteinte sous peines de poursuites…

Bref.

Je me suis rabattu sur des images de soldats américains dormeurs pour compléter la galerie du jour.

Mais les soldats au combat ou de retour ont parfois du mal à dormir, frappés de syndrome de stress post-traumatique ou SSPT (en anglais Posttraumatic stress disorder ou PTSD), terme que j’ai découvert au hasard de mes recherches, ainsi que la première image de la série du jour qui illustrait nombre d’articles sur le sujet (et qui représente le soldat Lonnie Roberts, pleurant pendant la cérémonie d’hommage à Gregory R. Huxley, tué par une roquette le 6 avril 2003, à 19 ans, du côté de Bagdad).

Et, au fil de la pensée, je suis allé vous retrouver pour conclure ce beau poème du jeune Arthur Rimbaud :

C’est un trou de verdure où chante une rivière
Accrochant follement aux herbes des haillons
D’argent ; où le soleil, de la montagne fière,
Luit : c’est un petit val qui mousse de rayons.

Un soldat jeune, bouche ouverte, tête nue,
Et la nuque baignant dans le frais cresson bleu,
Dort ; il est étendu dans l’herbe, sous la nue,
Pâle dans son lit vert où la lumière pleut.

Les pieds dans les glaïeuls, il dort. Souriant comme
Sourirait un enfant malade, il fait un somme :
Nature, berce-le chaudement : il a froid.

Les parfums ne font pas frissonner sa narine ;
Il dort dans le soleil, la main sur sa poitrine
Tranquille. Il a deux trous rouges au côté droit.

(photos : David Leeson, Behrouz Mehri, Erik De Castro, Shamil Zhumatov, Nikola Solic, Romeo Gacad, David Furst, Nikola Solic, Chung Sung-Jun, Tim Wimborne, Anja Niedringhaus, Lucas Jackson, Lucas Jackson, Mohammed Ameen, John Moore, Danish Siddiqui)

Daby Touré est le fils d’un des musiciens de Touré Kunda. Né dans le désert mauritanien, il a passé son enfance entre Mauritanie et Séngal, avant de rejoindre Paris, son père et la musique (malgré l’interdiction paternelle de devenir musicien…) Il chante en français, anglais, arabe, wolof ou pular et a intitulé son dernier disque Lang(u)age, un titre que j’aurais aussi pu utiliser il y a deux jours (voir plus haut) :