Un autre regard

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Slide 1

Les images du monde sont si souvent grinçantes, violentes, révoltantes…

En voyant la photographie gagnante du World Press 2014, le concours de photos d’actualité le plus prestigieux, j’ai eu comme un instant suspendu, de soulagement, d’étonnement… En contraste avec la colère ou l’horreur qui avaient pu me saisir face à d’autres images gagnantes des éditions prédédentes.

Et là, une impression de douceur, un air de clair de lune où l’on pourrait presque croire à l’amour, à la paix, au simple plaisir de vivre et de jouer avec la lumière.

Puis j’ai regardé davantage. Et lu (et tenté de traduire) la légende qui accompagne l’image :

African migrants on the shore of Djibouti city at night, raising their phones in an attempt to capture an inexpensive signal from neighboring Somalia—a tenuous link to relatives abroad. Djibouti is a common stop-off point for migrants in transit from such countries as Somalia, Ethiopia and Eritrea, seeking a better life in Europe and the Middle East

Des migrants africains sur la côte de Djibouti City, le soir, lèvent leur téléphones en espérant capter un signal peu coûteux (?) de la Somalie voisine – un lien fragile avec leurs proches restés sur place. Djibouti est un point de passage important pour les migrants en transit depuis des pays comme la Somalie, l’Ethiopie et l’Erythrée, cherchant une vie meilleure en Europe ou au Moyen-Orient.

Et réalisé alors que la réalité que raconte cette image est aussi violente, aussi terrible, aussi douloureuse que le récit d’autres images immédiatement brutales.

Je ne sais que dire après. Non par désintérêt, comme pour deux pantins présidentiels, mais par un certain respect, une sorte d’admiration pour cette traduction en douceur d’une réalité autrement dure, pour cet autre regard, qui n’annule rien du monde et de sa violence, mais qui – malgré tout – y inscrit un point lumineux. Fragile, ténu, faible comme un signal de téléphonie mobile. Mais cependant réel, visible, tangible. Et qui donne envie de croire en la vie.

Simplement.

(photo John Stanmeyer)