Ça pourra être pire

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J’ai déjà plusieurs fois rappelé ici (ou ) mon aversion pour les phrases toutes faites qui témoignent d’un manque cruel d’imagination. Et si je n’ai toujours pas établi le classement de ma détestation, celle qui me hérisse sans doute le plus est “Ça pourrait être pire”.

Loin d’être apaisement ou consolation, cette phrase, chaque fois que je l’entends, me semble un appel à la résignation contre l’action, au silence contre l’indignation, à la soumission contre la révolte. Puisqu’il y a pire, il nous faut accepter notre sort : être heureux d’avoir un travail, même méprisé, sous-payé ou nocif, parce que ça pourrait être pire et qu’il y a tant de chômeurs ; goûter la joie de nos foyers aux loyers ou aux traites exorbitants, parce que ça pourrait être pire et que nous ne sommes pas sans domicile ; apprécier notre bonne santé, nourrie de particules fines, de pesticides ou autres ogm, parce ça pourrait être pire et qu’il y a tant de maladies qui parcourent le globe et nous épargnent ; applaudir nos démocraties vacillantes, parce que ça pourrait être pire et qu’il y a tant de peuples qui vivent sous le joug de réelles dictatures… La liste est longue. Je ne la prolongerai pas.

Chaque fois, la comparaison au pire exclut l’autre, dans une tentative de le rejeter le plus loin possible de nous. En espérant être épargné et rester dans le cercle des “privilégiés”.

En rejetant au dehors ceux qui pourraient être tentés de prendre notre place.

Comme ces hommes photographiés en fin de semaine dernière, tentant à Beni Enza de franchir les barbelés qui séparent le Maroc du territoire espagnol de Melilla. Ils étaient près de 800 à se lancer ainsi, par petits groupes, à l’assaut d’une liberté rêvée. Une dizaine d’entre eux, seulement, aurait réussi à franchir la frontière. Trois à quatre-cents ont été arrêtés par les autorités marocaines. Les autres se sont dispersés dans les environs, pour attendre un autre jour, une nouvelle chance.

Ils seraient plus d’un millier à avoir réussi en un mois le franchissement de la triple clôture. Ils seraient davantage à être morts en tenant de passer, selon Gabriel, l’un de ces Africains poussés par l’espoir (ou le désespoir), qui confie à RFI que “tout ça est une question de vie ou de mort”, avant d’ajouter qu’il continuera, encore et encore, de tenter de passer la frontière.

En voyant ces bras levés en signe de victoire par dessus les barbelés, j’ai frémi en pensant qu’il y avait des victoires plus fragiles et plus difficiles à conquérir que d’autres. J’ai aussi pensé à ceux qui me diront encore qu’il y a pire. J’ai enfin pensé au dernier rapport du GIEC, dont la publication lundi dernier a été quelque peu éclipsée par chez moi par d’autres informations tellement plus importantes, d’élection, de remaniement ou de nomination d’une revenante d’exil au ministère de l’Écologie. Y sont décrits les probables conséquences d’une élévation de la température qui ne fait (presque) plus aucun doute : extinctions, d’espèces, “accidents” climatiques, insécurité alimentaire, extension de la pauvreté des plus pauvres… avec pour conséquence une augmentation des migrations.

Ça pourra être pire. Mais devrons-nous attendre que le pire nous menace à notre tour (lire ici : Les migrations climatiques concernent aussi les pays riches) pour agir en humains, prenant conscience que le pire est advenu, qu’il nous concerne déjà. Tous. Mais qu’il n’est pas encore inéluctable.

Et que nous sommes capables du meilleur !

(photos : Jose Colon, Santi Palacios)

Oser être radical, c’est au sens étymologique retrouver ses racines.

La Raíz de Mi Tierra (La Racine de ma terre) c’est le titre de la chanson que viennent d’enregistrer ensemble la Mexicaine Lila Downs, l’Espagnole Niña Pastori et l’Argentine Soledad Pastorutti. Un bel hymne féminin pour une planète qui a besoin aussi de danser…