Terre de contrastes

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Deux photographies en provenance du Népal sont arrivées à la rédaction d’abcdetc à quelques jours d’intervalle.

Sur la première on aperçoit une jeune femme hindoue qui s’immerge dans la rivière Bagmati durant le pèlerinage de Bol Bom, dédié à Shiva…

Sur la seconde image, on voit un jeune garçon sortir d’un égout du marché Kalimati de Katmandou, après l’avoir débouché.

Au delà de leur voisinage géographique (la rivière Bagmati arrose aussi Katmandou), olfactif (la Bagmati sert aussi d’égout à toute la vallée) ou artistique (comme si, à quelques jours d’écart, le photographe avait poursuivi une même série), ces deux photographies témoignent de contrastes.

Entre le laisser aller dont témoigne la dévote et la fatigue apparente du jeune travailleur. Entre la prière et l’effort. Entre celle qui prie un dieu d’une religion qui a inventé les castes et l’intouchable qui la subit.

La jeune fille n’est pas responsable du travail du jeune homme. Elle ne fait que suivre le rituel d’une religion qu’elle même n’a pas choisi. Elle ne s’interroge sans doute pas plus que le garçon sur l’injustice de leurs dieux communs.

Je sais. Il y a toute une part de projection et d’imagination dans ce que je vois dans deux photos.

Mais nous ?

Même sans dieu, qui a de plus en plus déserté nos sociétés si rationnelles, ne sommes-nous pas les maillons inconscients d’injustices sur lesquelles nous ne nous interrogeons plus ? Ne nous adonnons-nous pas avidement aux rituels d’une société qui, à défaut de castes, renforce chaque jour les divisions, les inégalités entre des classes que nous refusons même de voir, au nom de l’égalité républicaine ? Ne vouons-nous pas un culte aux objets, à la technologie, à la modernité, au progrès, sans voir – ou vouloir voir – ce que nos dévotions excluent d’intouchables qui n’en portent pas le nom ?

Je sais aussi… Mon incantation n’est que de mots.

Mais je tenterai de penser aujourd’hui à la jeune fille et au jeune garçon népalais. Et d’être attentif à ceux et celles qui nettoient ma merde.

Je tenterai. De mon mieux…

(photos : Niranjan Shrestha)

Question contrastes, je me suis retenu de parler des soldats israéliens et des enfants de Gaza…

Bref.

Et j’ai déniché par hasard Lili Boniche, l’un des plus grands représentants de la musique judéo-arabe, et sa chanson Il n’y a qu’un seul Dieu.