Résilience

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Je m’en suis rendu compte en préparant ce billet : cette année, je n’ai pas rêvé de Mlle Moquet !

Pour les lecteurs qui n’ont pas connu les prémisses d’abcdetc, je rappelle que Mlle Moquet (évoquée notamment ici) était mon institutrice de CE1, soit mes débuts à l’école primaire après avoir sauté le CP pour me retrouver directement dans la classe de cette vieille fille sadique qui nous terrorisait en groupe et en particulier. Le genre de personne qui colle tellement bien à la devinette : Quelle est la différence entre une institutrice et un pédophile ? (le second aime les enfants, je vous le rappelle…)

Pendant des années, j’ai donc rêvé de Mlle Moquet, autrement dite la mère Moquet, à chaque veille de rentrée des classes, bien après être libéré de l’école et même après que mes enfants soient eux-mêmes sortis du système scolaire… Chaque fois le même rêve, où je cheminais vers l’école, préoccupé d’avoir oublié quelque chose que je n’arrivais pas à déterminer, avant d’arriver à la porte de la classe où m’attendait la mère Moquet qui, baissant les yeux vers moi, me révélait enfin ce que j’avais oublié : mon pantalon !

Avoir enfin abandonné ce rêve où je me retrouve en slip Petit Bateau sur le perron du CE1 de l’école Génébrier : ce doit être ça la résilience. Il m’aura fallu plus de 40 ans.

Bref.

Je ne sais pas combien de temps il faudra aux petits gazaouis pour connaître pareille résilience.

Les 500.000 enfants qui ont repris le chemin de l’école dimanche, avec trois semaines de retard pour cause de “Bordure protectrice”, ont eu affaire à bien pire que la mère Moquet. Et je n’ose imaginer leurs cauchemars.

Plus de 500 enfants sont morts, 3300 ont été blessés et des milliers restent traumatisés, d’après un rapport de l’Unicef qui, avec l’UNRWA (Office de secours et de travaux des Nations unies pour les réfugiés de Palestine dans le Proche Orient), tente de réparer les 207 écoles endommagées avant de reconstruire les 26 qui ont été totalement détruites. Et de trouver un abri aux 65.000 déplacés qui ont perdu leur maison et sont toujours réfugiés dans de nombreuses écoles de l’ONU…

Il sera sans doute plus long et plus difficile d’effacer les traces dans les jeunes consciences que de boucher les trous dans les murs des écoles. Pour les aider à traverser ce traumatisme, 12000 enseignants et conseillers scolaires ont reçu une formation accélérée en soutien psychologique aux enfants.

Mais il faudrait aussi former les Israéliens qui les ont bombardés. 43 d’entre eux, officiers et soldats (réservistes) de la “prestigieuse” unité de renseignement 8 200, viennent de déclarer qu’ils refusent désormais de “participer aux actions contre les Palestiniens et de continuer à être les outils du renforcement du contrôle militaire sur les territoires occupés” estimant que le contrôle exercé sur des millions de personnes ne leur permet pas de “vivre normalement”.

C’est un début. Mais la mère Moquet est loin d’être morte…

PS : Puisque l’amour aide à la résilience, j’ai ajouté à la série du jour une dernière photographie, prise vendredi sur la plage de Gaza…

(photos : Ibraheem Abu Mustafa, Mahmud Hams, Anne Paq, El Baba, Khalil Hamra, Suhaib Salem, Mohammed Abed)

 Et pourquoi le monde ne peut-il pas ressembler à une ballade ?

The World, par Ernest Ranglin, le “patriarche” de la musique jamaïcaine.