L’horreur relative

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“Il faut toujours faire un choix, comme disait Himmler en quittant Auschwitz pour aller visiter la Hollande, on ne peut pas être à la fois au four et au moulin !”

Cela faisait plusieurs jours que j’avais retrouvé cette citation de Pierre Desproges et de circonstances, pour marquer la – première – visite de mon président normal à Auschwitz, afin de participer aux cérémonies du 70e anniversaire de la libération du plus grand camp d’extermination nazi.

Les photos ne sont pas vraiment à la hauteur de l’événement, mais je n’en ai pas trouvée d’autre. D’ailleurs, les communicants de l’Elysée avaient prévu le coup : le reportage au mémorial juif met François Hollande largement plus en valeur. Et à Paris, il a pu discourir plus tranquillement qu’à Auschwitz, entouré de dizaines de chefs d’États et de gouvernement. Moins Poutine, pour raisons de guerre en Ukraine, et Obama pour raisons de…

Bref.

Rien de très nouveau dans le discours présidentiel, à part un “plan de lutte globale contre le racisme et l’antisémitisme” de circonstances après les attentats de ce début d’année. Plan en trois axes: sécurité, transmission de la mémoire et régulation du numérique.

À propos de régulation du numérique, j’espère qu’on ne va pas me couper la citation de Desproges.

Et à propos de transmission de la mémoire…

Sans remettre en cause une seconde – comme certains salauds de négationnistes – l’horreur absolue de la déportation et du génocide, je voudrais, puisque la liberté m’en est encore accordée :

Ajouter à la mémoire du “si on avait su” ce détail que j’ai appris récemment : les alliés savaient sans doute bien avant la libération d’Auschwitz, le 27 janvier 1945, qu’un plan d’extermination était en cours. Et ils n’ont rien fait.

L’horreur absolue met la barre haut. Sur le mode de ça pourrait être pire, j’ai la désagréable l’impression que le plus jamais “ça” autorise tellement d’autres choses. Du génocide au Rwanda, dont on a célébré l’an passé le sinistre 20e anniversaire, à la tuerie de Srebrenica un an plus tard, en 1995. Du massacre de Sabra et Chatila en 1982 à la détresse du Darfour en 2004… Qu’avons-nous su ? Qu’avons-nous fait ? Et que faisons-nous encore pour les minorités opprimées des Rohingyas de Birmanie ou des Yézidis d’Irak ? Pour tous les migrants en fuite, pour les peuples indigènes et pour les “travailleurs” de cette planète que leur travail rend aussi peu libres que…

J’arrête au risque de me faire taxer d’amalgame. Je déplore juste, avec Marceline Loridan-Ivens que je n’ai pas entendue à la radio hier matin mais dont les propos nous sont rapportés par Rue 89, que “cette mémoire-là n’empêche pas de nouveaux crimes, de nouvelles haines”.

Mais je continue de l’espérer.

Avec toute ma tendresse et ma fraternité.

PS : Pour compléter les deux pauvres photos présidentielles avec une image plus présentable sur la mosaïque d’accueil de ce blougui, j’ai trouvé une belle image nocturne et lumineuse captée dans le film Abendland à la frontière de Ceuta. 70 ans après, les barbelés se portent toujours bien sur cette terre. Quant à savoir qui ils enferment…

(photos : Laszlo Balogh, Odd Andersen, Abendland)

Sans vouloir rajouter à la polémique, je trouve que les Tziganes en font moins que d’autres dans la culture d’une mémoire que leur musique se contente d’entretenir.

Bref.

Les Roumains de Taraf de Haïdouks nous gratifient d’un huitième album, Of Lovers, Gamblers & Parachute Skirts, dont est extrait cette Clejani Love Song.