Le dernier héros

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Il y a les masques de protestation, comme ceux de Netanyahu que portaient hier les militants de Codepink. Il ya les masques de reconnaissance, comme ceux que portaient en fin de semaine dernière les Uruguayens, venus en foule pour dire au revoir à leur président, José – “Pépé” – Mujica Cordano.

Un engouement pour un président sortant qu’on a pas l’habitude de voir par chez nous. Mais José – Pépé – Mujica n’était pas un président ordinaire. C’était un président normal.

Habitant toujours sa vieille bicoque de trois pièces, roulant dans une Coccinelle de 1987, toujours sans cravate et parfois en sandales, reversant 90% de son indemnité présidentielle (“je ne suis pas un président pauvre, j’ai besoin de peu”) … cet ancien guérillero, détenu 12 ans (1973-1985) par la junte militaire, dont 2 à 3 ans au fond d’un puits, a conservé des valeurs de son idéal, qu’il a su incarner par les réformes qu’il a menées pendant ses 5 années de présidence : mariage pour tous, légalisation de l’avortement … et du cannabis mais aussi efforts budgétaires en faveurs de l’éducation et loi sur le secret bancaire et l’évasion fiscale. En tant que véritable ennemi de la finance ? Il a aussi activement participé au dialogue entre les différents pays du continent sud-américain. Sa passation de pouvoir s’est d’ailleurs déroulée dimanche dernier en présence de la présidente du Brésil, Dilma Rousseff.

L’ancien président devenu sénateur a aussi son franc parler.

Il s’était faire remarquer à la Conférence sur le climat de Rio (+20) en juin 2012, en concluant ainsi son discours :

“Le développement ne doit pas être opposé au bonheur, il doit favoriser le bonheur des hommes, il doit favoriser l’amour, les relations humaines, permettre de s’occuper de ses enfants, d’avoir des amis, d’avoir le nécessaire. Parce que c’est précisément la chose la plus précieuse. Et, dans notre combat pour l’environnement, n’oublions pas que l’élément essentiel, c’est le bonheur des hommes.”

Et avait poursuivi son réquisitoire contre une civilisation capitaliste et mensongère, en septembre 2013, à la tribune de l’ONU :

“Civilisation contre la simplicité, contre la sobriété, contre tous les cycles naturels, et ce qui est pire, civilisation contre la liberté que suppose d’avoir le temps pour vivre les relations humaines, l’amour, l’amitié, l’aventure, la solidarité, la famille…”

Il a aussi l’âme d’un poète. Ou d’un philosophe

“Le bonheur sur terre, ce sont quatre ou cinq choses, les mêmes depuis l’époque d’Homère : l’amour, les enfants, une poignée d’amis…”

Après avoir transmis dimanche les rênes du pays à son successeur (mais aussi prédécesseur), Tabare Vazquez, Pépé Mujica est reparti dans sa coccinelle, en compagnie de sa femme Lucía, retrouver sa maison et sa chienne, qui n’a que trois pattes (et ne s’appelle pas Misère mais Manuela).

Souhaitons leur d’être heureux…

(Photos : Natacha Pisarenko, Pablo Porciuncula, Miguel Rojo, DR)

PS : On devrait revoir José – Pépé – Mujica bientôt. J’ai appris en préparant cet article qu’Emir Kusturica préparait un documentaire sur lui, qui devrait sortir prochainement sous le titre Le Dernier héros

 Vous m’excuserez si je n’ai pas cherché de nouveau un artiste uruguayen pour illustrer ce billet.

Mais j’ai reçu hier cette vidéo de la part d’un moustachu qui n’a rien à envier à Pépé Mujica et auquel je souhaite bien du bonheur aussi !

Voici donc Jean-Pierre Mazet à l’harmonica (et à la planche à laver…) et Dominique Poulot à la guitare, les deux Bisontins de Poule et Poux Laids !

Et j’attends vos vidéos !