Les Européens viennent-ils de Mars ?

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– Moi, déclara Zazie, je veux aller à l’école jusqu’à soixante-cinq ans.
– Jusqu’à soixante-cinq ans ? répéta Gabriel un chouia surpris.
– Oui, dit Zazie, je veux être institutrice.
– Ce n’est pas un mauvais métier, dit doucement Marceline. Y a la retraite.
[…]
– Retraite mon cul, dit Zazie. Moi c’est pas pour la retraite que je veux être institutrice [mais] pour faire chier les mômes. Ceux qu’auront mon âge dans dix ans, dans vingt ans, dans cinquante ans, dans cent ans, dans mille ans, toujours des gosses à emmerder. […] Je serai vache comme tout avec elles. Je leur ferai lécher le parquet. Je leur ferai manger l’éponge du tableau noir. Je leur enfoncerai des compas dans le derrière. Je leur botterai les fesses. […]
– Tu sais, dit Gabriel avec calme, d’après ce que disent les journaux, c’est pas du tout dans ce sens-là que s’oriente l’éducation moderne. C’est même tout le contraire. On va vers la douceur, la compréhension, la gentillesse. […] D’ailleurs, dans vingt ans, y aura plus d’institutrices : elles seront remplacées par le cinéma, la tévé, l’électronique, des trucs comme ça.
[…]
– Alors, déclara-t-elle, je serai astronaute.
– Voilà, dit Gabriel approbativement. Voilà, faut être de son temps.
– Oui, continua Zazie, je serai astronaute pour aller faire chier les Martiens.”

Je sais que je vous ai déjà proposé cette citation de Raymond Queneau via Zazie dans le roman éponyme. Que vous trouverez d’ailleurs en version intégrale (la citation pas le roman) dans le billet du 12 août 2012 (avec en prime une fort belle photo prise par votre serviteur…) Mais que voulez-vous, je ne m’en lasse pas (pas de la photo mais de la citation) et c’est toujours l’occasion de rappeler aux plus jeunes (enfin ceux qui parfois quittent facebook où ils peuvent prendre des nouvelles d’abcdetc, ce qui est une nouveauté dont je ne vous ai pas encore parlée…), aux plus jeunes donc, que Zazie n’est pas que le nom d’une chanteuse recyclée en présentatrice de radio-crochet et qu’éponyme est un bien beau mot. Utile.

Bref.

Zazie dans le métro est paru en 1959. Il y a 56 ans, précisé-je pour les plus jeunes égarés qui ne savent plus calculer mentalement et dont les plus cons me prennent facilement (et à juste titre) pour un vieux con. Ce qui nous met au moins sur un pied d’égalité.

Et 56 ans après, la retraite en a pris un coup, mais les institutrices sont toujours là, aussi gentilles, douces et compréhensives. Ce sont plutôt les responsables politiques qui ont été remplacés, non par la tévé dont ils raffolent ou l’électronique à laquelle ils ne comprennent rien, mais par des bouliers à compter les points de croissance ou de déficit autorisé et des magnétophones un peu bègues qui déclinent les mots fameux de Margaret Thatcher : “There is no alternative”…

Tout ça pour dire que, même si la visite d’Alexis Tsipras à Moscou et sa rencontre avec Vladimir Poutine (toujours moins sympathique que Zazie ou Gabriel) ne changeront pas grand chose à l’endettement de la Grèce ou aux représailles européennes contre “l’invasion” de l’Ukraine, elle aura eu au moins un mérite : faire chier les “responsables” européens. Et pas mal des journaux qui leur servent de porte-parole et la soupe…

Et démontrer aussi – par l’absurde peut être – aux électeurs grecs que leur Premier ministre se démène et qu’il n’entend pas baisser les bras pour tenir les promesses qu’il leur a faites, au moment des élections, de desserrer l’étau qui les étranglent. Les Grecs qui sont encore 60% à soutenir Syriza, qui n’avait obtenu que 36% des voix fin janvier… Et ça aussi, ça doit faire chier pas mal des bouliers-magnétophones !

(photos : A. Nikolsky, Sasha Mordovets, Alexander Zemlianichenko – Dessins : Marian Kamensky)

PS : N’oubliez pas de (vous) manifester aujourd’hui. Même si ça ne suffira sans doute pas pour nous épargner l’austérité à la grecque… A moins que vous ne fassiez partie des 17% de satisfaits de la grande braderie des promesses non tenues.

Pour ne fâcher personne, je n’ai pas tranché entre musique grecque ou russe. Mais l’avantage va quand même aux Grecs, puisque ce Take me to the church de l’Irlandais Hozier est classé second des téléchargements Itunes (juste derrière la BO de Fifty shades of grey…)

Une chanson qui pourrait bien plaire aux plus jeunes de mes lectrices qui n’entrent évidemment pas dans la catégorie sus-mentionnée 😉