7 milliards d’étrangers

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J’étais tellement content de partager avec vous la “décolonisation des esprits” en Afrique du Sud, il y a 10 jours…

Et voilà que, au même moment, un nouvelle vague de violences xénophobes secoue la nation “arc-en-ciel” : au moins 6 personnes tuées, des commerces pillés, les étrangers attaqués, plus de 1500 d’entre eux (Mozambicains, Malawites, Somaliens, Zimbabwéens…) obligés de fuir et accueillis dans des camps sécurisés ouverts à la va vite.

À l’origine de cette flambée haineuse, les propos de Goodwill Zwelithini, chef traditionnel des Zoulous, conseillant fin mars aux “étrangers de faire leurs bagages et de retourner dans leurs pays”, qui ont mis le feu aux poudres dans un pays miné par les inégalités et le chômage de masse. Et où les autorités attisent parfois l’incendie. Comme ces ministres citées par Le Monde, déclarant que “les étrangers doivent comprendre qu’ils sont ici grâce à notre bonne volonté. […] Notre priorité, c’est d’abord et avant tout notre peuple” ou que trop de petits commerçants étrangers ne pouvaient que provoquer “un désastre”. Ou le secrétaire général de l’ANC demandant au gouvernement de “durcir l’application des lois sur l’immigration”.

Après ça, les protestations du président Jacob Zuma jugeant les violences “choquantes et inacceptables”, sans rien dire de tel sur les propos xénophobes des responsables, paraissent bien … démesurées.

Mais comme je voulais me garder une part d’optimisme, j’ai censuré de ce blougui les images de violence, pour ne garder que les photographies de la manifestation de jeudi 16 avril dernier, à Durban, où des milliers de personnes sont descendues dans la rue pour protester contre la xénophobie et rappeler que nous sommes tous des étrangers.

“Je comprends la frustration des gens dans les townships et la jalousie envers les commerçants étrangers mais la violence n’est pas une solution. Nelson Mandela se retournerait dans sa tombe s’il nous voyait”, a notamment déclaré une jeune manifestante citée par RFI. Et la veille de la manifestation, une autre Mandela (Winnie) rappelait que la violence xénophobe “n’est pas la liberté pour laquelle nous nous sommes battus”.

Rappel opportun pour Jacob Zuma et quelques millions d’Africains. Et pour une bonne partie des 7 milliards d’étrangers que nous sommes tous sur cette planète !

(photos : Rogan Ward, Akintunde Akinleye, Mike Hutchings, Reinhardt Hartzenberg, Kierran Allen, DR)

Une mosaïque un lundi ? C’est n’importe quoi ?

Non. C’est juste qu’en écrivant ce billet je pensais à tous ces nationaux qui se trompent de colère (comme le disait jadis Desproges à Le Pen et franchement qui dira la même chose à sa fille ou à sa petite fille et à tous ceux qui leur donnent leurs voix ?). À tous ces pauvres qui s’en prennent à d’autres pauvres au lieu de s’attaquer aux riches qui privent chaque année la société de plusieurs milliers de milliards : 7600 milliards de $, soit 8% de la richesse mondiale, sont planqués dans les paradis fiscaux ; l’évasion fiscale évaluée à 1000 milliards d’€ représente plus du double des déficits publics européens, rappelait Eva Joly samedi matin sur France-Inter, dénonçant au passage la complicité de Jean-Claude Juncker, toujours responsable suprême de la destinée européenne. À tous ces réfugiés et demandeurs d’asile qui nous coûtent trop cher selon la Cour des Comptes qui ne s’est pas pris la peine de chiffrer le coût du pillage des ressources ou des guerres dans les pays que fuient ces réfugiés…

Bref.

Oui, je sais, je pense beaucoup. Et je me sens souvent impuissant.

Et la musique ?

Nous sommes tous étrangers dans ce monde étrange où les gens paraissent étranges lorsqu’on est un étranger. Des Doors à une étrange reprise – à l’accordéon – d’une chanson qui fut un des hymnes de la lutte anti-apartheid. Sans oublier que le lundi c’est le jour de l’accordéon sur abcdetc. Oui d’accord, c’est un peu n’importe quoi, mais c’est peut être ma manière d’être n’importe qui…