Le ballon rouge

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A Rohingya boy, who recently arrived in Indonesia by boat, holds his ball as he walks at a shelter in Kuala Langsa, in Indonesia’s Aceh Province, May 19, 2015. United Nations agencies urged Indonesia, Malaysia and Thailand on Tuesday to step up sea rescue operations and stop preventing thousands of desperate migrants from reaching land.

Dans son tour du monde aléatoire en fonction des images du jour et sans réelle ligne directrice ni éditoriale, ce blougui pose rarement son regard deux jours de suite sur le même pays et le même événement.

Mais la photo du jour était comme le prolongement de celle d’hier. Comme la possibilité d’un vœu qui se réalise.

Les ministres des Affaires étrangères malaisien, thaïlandais et indonésien se rencontrent aujourd’hui à Kuala Lumpur en Malaisie, pour évoquer l’aide que leurs pays peut – enfin – apporter aux milliers de migrants Rohingyas qui errent dans leurs eaux territoriales. Les Philippines se disent prêtes à accueillir 3000 d’entre eux. La Birmanie commence à reconnaître sa responsabilité dans cet exode.

Une aide commence à être apportée. Une main à se tendre. Dans des conditions précaires, encore misérables, encore parfois tellement violentes. J’apprenais encore hier, en rédigeant ce billet, la mort d’une centaine de personnes dans une bagarre entre migrants rohingyas et bangladais, à coups de hache, de couteaux et de barres de métal…

Mais j’ai trouvé, hier aussi, cette image, fragile mais belle. D’un enfant photographié hier à Kuala Langsa en Indonésie, dans un abri de fortune. Mais dans un abri quand même. Tenant un ballon qui semble aussi incongru que la lumière est belle. Un ballon aux couleurs des drapeaux d’un monde aux frontières fermées. Mais auquel s’attache l’enfant comme à un espoir.

Celui d’être un enfant comme un autre. Avec juste des rêves de ballon dans une enfance comme les autres.

Comme l’enfant que je demeure quelque part, et qui ne peut s’empêcher de rêver à un monde de liberté libéré de la violence. Où les mains se tendent non pour frapper mais pour aider. Où les différences se mêlent pour donner ses couleurs et sa forme à ce drôle de ballon sur lequel nous flottons et qu’on appelle la terre. La planète commune de notre destin commun…

Et qu’on ne vienne pas me rappeller que d’autres enfants, ailleurs, ont sans doute fabriqué ce ballon. Les rêves sont fragiles sur cette terre tout aussi fragile. Il est nécessaire parfois de ne pas les troubler pour continuer à vivre. A espérer. À rester humain. Vivant.

(photo: Beawiharta)

Et si la musique sautillante des Molotov Jukebox paraît aussi incongrue qu’un ballon aux couleurs du monde dans un abri précaire quelque part en Indonésie, n’oubliez pas de sautiller pour rester éveillés. Et continuer de regarder le monde.