Des chiffres et des lettres

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Dans la torpeur et la quasi relâche estivale, il est fort possible que vous ayez vous aussi entendu parler de Nigel Richards sans vraiment retenir son nom. Il y a des gens comme ça, qui traversent l’actualité de manière quasi anonyme, surtout avec d’autres gens, comme moi, qui ont une fâcheuse manie de ne pas retenir les noms.

Bref.

Depuis le 20 juillet dernier, et sa victoire contre Schélick Ilagou Rekawe, Nigel Richards est le nouveau champion du monde de Scrabble francophone.

Et ?

Et le nouveau champion est Néo Zélandais et donc anglophone. C’est à dire qu’il ne parle pas un mot de français et qu’il a « juste » appris le vocabulaire de sa victoire dans les dictionnaires et en 9 semaines. Une performance qui lui permet de connaître des vocables dont j’ignore l’existence, comme anatrope ou énouer. Mais qui ne lui est d’aucune utilité pour lire Victor Hugo ou Marc Lévy (entre autres), les mots n’étant pour lui que des « combinaisons de lettres ».

Et comme les noms propres sont interdits au Scrabble, il est probable que Nigel Richards ne les retiennent pas plus que moi.

Bref.

Je ne parviens pas vraiment à aboutir à la conclusion que j’envisageais en ébauchant ce billet il y a quelques jours, de la combinaison de lettres à la combinaison de mots, en passant par les 70 à 80000 mots de notre langue ou les 3000 d’un vocabulaire couvrant 97% des besoins. Et la question de savoir au bout de combien de phrases les combinaisons de ces 3000 mots sont épuisées (et les plagiats inévitables) restera en suspens…

Les mots me manquent…

Mais comme je ne vais quand même pas passer la journée sur ce billet qui attend sa chute, je conclurai – à propos de lettres – en saluant un jeune confrère qui vient d’arriver sur Internet avec une url qui évoque fortement celle de votre blougui favori : abc.xyz

Et la photo ? Elle a été prise au soir du 24 avril dernier au parc national de Khartoum, où une jeune Soudanaise joue au Scrabble ou lit abcdetc (ou Victor Hugo) sur son smartphone. Je sais, le rapport n’est pas totalement évident au premier et même au second abord…

(photo : Mohamed Nureldin Abdallah)

Comme ça parlait de mots, ça m’a fait penser à Neil Young et sa longue balade de Words (Between The Lines Of Age) parue en 1972 sur le fameux Harvest et reprise ici par l’auteur quelques années plus tard.