Requiem

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Hier midi, pendant que je dégustais le plat du jour dans le petit restaurant arménien près de mon boulot (celui qui me paye), la télévision diffusait la conférence de presse du préfet des Alpes Maritime, puis quelques reportages sur les lieux des inondations de ce week-end, des explications sur le phénomène météorologique et les intempéries qui ont causé tant de dégâts, une information de dernière minute sur la 19e victime retrouvée par les pompiers, un hommage à leur héroïsme et leur dévouement…

Entre autres. Et rien d’autre.

Comme si le monde était soudain réduit à un seul département. Que les autres avaient disparus avec l’ensemble des pays de la planète. Que les conflits s’étaient arrêtés et que même le PSG n’avait pas battu l’OM la veille.

Parfois, les journaux d’information en continu continuent d’informer de manière aussi réductrice et pseudo spectaculaire qu’au début de l’année. Même si des vies humaines ne sont pas toujours en jeu dans leur course à l’audience.

En rentrant au bureau, j’ai vérifié : Sur sa page d’accueil, BFM télé ne parlait pas (déjà plus?) du bombardement de l’hôpital de MSF à Kundunz (mais de la démission de Jenifer de The Voice, de la pilule qui remplace l’exercice physique ou de l’orgasme féminin solitaire, si…) Et de son côté, I-Télé n’était guère plus loquace. Mais à peine moins futile cependant, puisque la chaîne prenait la peine de titrer sur le glissement de terrain qui a fait 131 morts et 300 disparus… au Guatemala jeudi dernier.

Ce n’est pas seulement parce que ce blougui s’intéresse plus au monde qu’aux Alpes Maritimes que j’ai retenu une photo du jour en provenance du Guatemala où se déroulaient dimanche les funérailles de plusieurs victimes du glissement de terrain survenu dans la nuit de jeudi à vendredi.

Mais parce que j’ai parfois mal avec la “loi du mort-kilomètre” que j’ai moi-même apprise lors de mes études journalisme. Et que notre indifférence à l’autre côté du globe, dans une planète qu’on dit mondialisée, me semble parfois comme un sinistre reliquat d’une pensée coloniale dont j’ai moi même héritée sans m’en défaire totalement.

Je n’ai pas envie de poser d’équation sinistre entre les 19 morts de la Côte d’Azur, les 22 victimes de l’hôpital de Kundunz à 5200 kilomètres ou les 430 victimes guatémaltèques à 9500 kilomètres. En y ajoutant si besoin le facteur temporel et les variables humaines ou météorologiques.

Comme disait Boris Vian, les morts ont tous la même peau.

Et les larmes pour les pleurer sont tellement semblables.

(Photo : Moises Castillo)

J’aurais pu intituler billet du jour de ce titre vianesque : Les Morts ont tous la même peau.

Mais je n’ai pas trouvé de mise en musique.

Alors, à cause du restaurant, de mon travail de l’après-midi et du repos auquel j’aspirais (requiem : du lat. requiem, acc. sing. de requies “repos”, premier mot de la prière requiem aeternam dona eis, domine “donne-leur le repos éternel, Seigneur”), j’ai déniché ce concert de l’Armenian World Orchestra, orchestre éphémère qui s’est produit en avril au Châtelet, avec au programme quelques compositeurs arméniens et … le Requiem de Mozart en 2e partie.