Approximativement

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(Photo : Kurit Afsheen)

La plupart des billets d’abcdetc naissent d’une (ou de plusieurs) photo(s) croisée(s) au détour de mes recherches quotidiennes, à partir de laquelle (desquelles) je déroule le fil de la pensée ou des informations que je trouve ici ou là.

L’inverse est parfois plus difficile.

Il m’arrive de caler sur un sujet que je ne parviens pas à illustrer comme je le voudrais.

Comme par exemple l’information sur la baisse “historique” de la pauvreté dans le monde intervenue malgré le tout récent relèvement du seuil de pauvreté de 1,25 à 1,90 € par jour.

C’est dommage, parce que c’était presque une bonne nouvelle (comme m’en réclament parfois les lectrices(teurs) de ce blougui), dont s’est d’ailleurs félicité Jim Yong Kim, le président de la banque mondiale, en déclarant : “Nous pourrions être la première génération dans l’histoire à mettre un terme à l’extrême pauvreté.” Il reste quand même 702 millions de personnes, soit 9,6% de la population mondiale, dont je me demande chaque fois que je  lis les chiffres comment elles se débrouillent pour survivre avec moins de 1,90 $ (1,69 €) par jour. Mais pas Jim Yong Kim, qui gagne pour sa part 482.080 $ annuels, et est accompagné d’un aréopage de 10 directeurs à plus de 300.000 $ chacun (voir les chiffres à la page 95 de ce rapport annuel et je laisse Richard nous calculer tout ça comparé au seuil de pauvreté, sans oublier que ces braves gens ne payent pas d’impôts…)

Bref.

Il m’arrive de caler.

Comme d’autres.

Ainsi, Le Monde, m’a-t-il proposé hier, via sa lettre d’information, de lire un article sobrement et efficacement intitulé En Indonésie, baisers interdits après 21 heures”, qui raconte comment un dirigeant du district de Purwakarta, Dedi Mulyadi, impose aux couples non mariés un “couvre-feu” (…x de l’amour) après 21 heures.

Information futile et distrayante dans une actualité fort peu souriante comme à son habitude. Mais un peu approximative… Du moins en ce qui concerne son illustration.

Puisque la photo qui accompagnait l’article le matin (et encore dans la newsletter) provient de … Kuala Lumpur, en Malaisie. À quelques 1700 kilomètres de Purwakarta. Le seul rapport avec l’Indonésie étant que ces étudiants se protègent encore des émanations de fumée des incendies qui continuent (voir ce billet) d’empoisonner toute la région.

Bref. Une photo bien approximative, remplacée dans la journée par une autre, sur laquelle “un jeune couple s’embrasse, dans le cadre de la fête traditionnelle d’Omed-Omedan, à Denpasar, en mars 2012”.

(Photo : Sonny Tumbelaka)

Le seul rapport avec l’article étant cette fois-ci dans le baiser. Au risque de confondre une interdiction aux mineurs avec une tradition d’embrassades séculaire, 2012 avec 2015 et Purwakarta avec Denpasar, soit quand même encore 1116 kilomètres d’écart.

Tout ça pour dire que. Mon couple de grenouilles, dont vous vous demandez bien l’utilité depuis le début de ce billet, n’est pas plus approximatif que ça, puisqu’il a été photographié “dans une vigne” à Jakarta. Soit à moins de 100 km de Purwakarta. Et j’en suis presque sûr avant 21 heures…

Et avec un peu d’imagination de votre part, ces mignonnes grenouilles peuvent même illustrer l’information sur le seuil de pauvreté mesuré par la banque mondiale.

Vous remarquerez que je n’ai pas parlé de la Palestine, vous épargnant de trop tristes nouvelles pour ce mercredi, jour des enfants…

Pourtant, la tristesse m’a rattrapé en entendant à la radio l’annonce de la mort de Chantal Akerman, qui “souffrait de troubles maniaco-dépressifs depuis longtemps” et qui, selon d’autres médias moins “pudiques” s’est suicidée.

Alors, j’ai eu une douce et silencieuse pensée pour cette “écorchée vive” (quel horrible mot que je me garderai bien d’illustrer, avec ou sans grenouilles…)

Et pour accompagner le silence et raconter le contraste, j’ai choisi deux extraits qui me sont revenus instantanément en mémoire en évoquant la cinéaste belge.

J’ai faim, j’ai froid… Magnifique court, en noir et blanc, avec Maria de Medeiros et Pascale Salkin. Participation de la cinéaste au film à sketches Paris vu par… 20 ans après, sorti en 1984. Année d’un autre suicide en octobre

Et puis ce Meli-Melo tellement plus joyeux, quoi que… Extrait de la comédie musicale Golden Eighties, tournée en 1986, et qu’il m’arrive encore de chanter à tue-tête, près de 30 ans après.

La vie est contrastes que la mort ne parvient pas toujours à assombrir.