Le hasard, la pêche et la solitude

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J’ai déjà évoqué la pêche aux infos et aux images que j’entreprends chaque jour pour nourrir ce blougui, pour habiter cet espace, pour ne pas laisser le silence m’envahir et les mots me délaisser. Avec, souvent (et tellement trop souvent ces temps-ci) la question lancinante du sens de cette collecte, de mes mots, de ma présence fragile dans un Internet tellement bruyant, tentaculaire, encombré, foisonnant.

La question du sens de toute chose…

Hier, les photos ont défilé sous mon regard sans venir attiser mon désir de vous en parler davantage. Et les nouvelles du monde m’ont submergé, sans provoquer d’envie d’en dire davantage : les émeutes des réfugiés plein d’espérance encore à Calais (trop hexagonal et pas dans la ligne sinueuse de ce blougui), l’étiquetage des produits fabriqués dans un “pays” occupé par Israël (trop polémique), l’appel du président Hassan Rohani à des élections générales toujours en Israël (pathétique et tout aussi polémique), l’indépendance de la Catalogne (tristement nationaliste), le dopage en Russie (tellement hypocrite), les ruptures de barrage au Brésil (tellement prévisible et tellement déprimant), les commémorations du 11 novembre (tellement décalé et inutile au moment où la planète est secouée de tant de conflits)…

J’aurais pu me taire.

Trouver autre chose à dire comme je m’en fais la promesse chaque fois qu’une idée me traverse, quelques mots qui se tracent sur un papier qui va rejoindre l’amoncellement d’écrits avortés, secouer ma torpeur et ma vieille carcasse pour inventer autre chose.

Et la fatigue, le découragement, le doute, le bruit encore d’un monde traversé de tant de paroles que la mienne n’y est que superflue.

Et ce pêcheur sur les rives du Niger, à Bamako. Qui jette son filet sans savoir quelle sera sa prise, sa récolte du jour. Mais qui espère sans doute. Qui ne peut se permettre de douter. Qui a besoin des poissons qui viendront se prendre dans ses mailles. Qui se fout bien du regard que je porte sur lui à travers le regard du photographe.

En le regardant, j’ai pensé à celle qui m’a mis au monde et qui, après ses séjours au Mali, est revenue tellement transfigurée, transformée, pleine d’une autre conscience. Tellement humble en même temps qu’apaisée.

Je ne traverserai aucune mer ni aucun désert pour me réfugier sous je ne sais quel baobab dans une chaleur, réconfortante en cet automne qui devient gris par chez nous, mais tellement écrasante quand reviendrait l’été.

Je laisse juste couler le silence. À la recherche d’une conscience.

Avec l’envie de me laisser vieillir. Et d’apprendre la patience de devenir sage. De laisser l’impossible se dissoudre pour enfin cesser de me taire.

En pensant à ma mère et à d’autres femmes maliennes.

Et au pêcheur dont j’espère que la journée fut bonne, comme les prochaines.

(photo : Joe Penney)

La vie est faite aussi de clins d’œil.

Pour nourrir cette rubrique musicale, j’ai ouvert la page des world music charts Europe qui m’inspire souvent de belles découvertes. Et en tête du classement de novembre, j’ai trouvé Kandia Kouyate, chantant depuis les rives du Niger. À Bamako.

Je n’ai pas trouvé de site Internet ni de page f***k de Kandia Kouyate. Juste une page sur wikipédia (en anglais) et une biographie sur le site African success, qui m’ont appris que “la dangereuse” ou “la grande vedette malienne” avait été victime en 2004 d’une attaque cérébrale qui a fait douter de la suite de sa carrière.

Sadjougoulé est extrait de son tout nouveau disque qui sort demain ! Il s’intitule Renascence