Conviction, humanisme, exigence

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Ainsi donc, 6.018.672 électeurs (27,73%) ont voté en faveur du Front national dimanche au premier tour des régionales. Dans un pays qui compte près de 6 millions de chômeurs. Ça n’a pas forcément aucun rapport, mais voilà deux courbes que les “responsables” de “gauche” comme de droite ont bien du mal à inverser depuis plusieurs décennies déjà.

D’où mon étonnement devant autant d’étonnement…

Bref.

À trop regarder les résultats électoraux dans l’hexagone, on en viendrait presque à oublier que d’autres démocraties existent et qu’on votait ailleurs dimanche.

Comme au Vénézuela. Où la la coalition d’opposition, la Table de l’unité démocratique (Mesa de la Unidad Democratica ou MUD) emporte la majorité absolue au parlement. “Une victoire sans appel” et une “déroute du pouvoir” dont se félicitent par chez nous les mêmes journaux (en l’occurrence Libération et Le Monde) qui pleurent devant la menace du FN. Deux ans après son élection, Nicolas Maduro, le successeur d’Hugo Chavez, est donc contraint à une cohabitation avec les “démocrates” qui ne souhaitent que la mort du chavisme, avec l’appui des États-Unis, ravis sans doute de voir s’éloigner “une menace inhabituelle et extraordinaire” … pour eux.

Mais personne (ou presque) ne pleure la défaite de la gauche et la disparition de l’espoir d’un socialisme réel, sauf quelques millions de Vénézuéliens, comme Humberto Lopez, surnommé El Che.

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De l’autre côté de l’Atlantique, au Burkina Faso, on sourit. Et on espère. Après 27 années de règne du putschiste Blaise Compaoré, un souffle d’espoir démocratique souffle sur le pays avec l’élection de Roch Marc Christian Kaboré qui a promis de “bâtir un Burkina nouveau”.

On sait ce que valent les promesses, mais un premier acte symbolique a été accompli, avec l’inculpation hier du général Diendéré et d’une dizaine d’autres personnes, complices présumés dans l’assassinat du président Thomas Sankara lors du coup d’Etat du 15 octobre 1987.

Un espoir de justice se fait jour au pays des hommes intègres, ainsi que l’avait nommé celui dont l’assassinat, comme celui de Patrice Lumumba, a participé à “fermer la porte de l’histoire au nez de l’Afrique”, pour reprendre les termes d’une lectrice, à peine anti-sarkozyste et anticolonialiste.

Et si je réunis aujourd’hui ces deux informations et ces deux photos dans le même article, ce n’est pas complètement une coïncidence.

Dans son Hommage rendu au Che le 8 octobre 1987 à Ouagadougou, Thomas Sankara parlait ainsi d’Ernesto Guevara :

Je voudrais dire : qu’est-ce que le Che ? Le Che pour nous, c’est d’abord la force de conviction, la conviction révolutionnaire, la foi révolutionnaire dans ce que tu fais, la conviction que la victoire nous appartient, que la lutte est notre recours.

Le Che c’est aussi l’humanisme. L’humanisme : cette générosité qui s’exprime, ce don de soi qui a fait du Che non seulement un combattant argentin, cubain, internationaliste, mais aussi un homme, avec toute la chaleur.

Le Che c’est aussi l’exigence. Exigence de celui-là qui a eu la chance de naître dans une famille aisée… mais qui a su dire non à ses tentations, qui a su tourner le dos aux facilités, pour au contraire s’affirmer comme un homme qui fait cause commune avec la misère des autres. L’exigence du Che : voilà ce qui doit nous inspirer le plus.

C’est pourquoi conviction, humanisme, exigence font de lui le Che. Et ceux qui savent rassembler en eux ces verts, ceux qui savent rassembler en eux ces qualités, cette conviction, cet humanisme et cette exigence peuvent dire qu’ils sont comme le Che : des hommes parmi les hommes, mais surtout des révolutionnaires parmi les révolutionnaires.

Conviction, humanisme, exigence. Ce sont des valeurs que – fort modestement – ce blougui tente de porter. Avec sa petite voix. Et l’espoir, encore, que se lèvent ici et partout dans le monde d’autres hommes parmi les hommes et de vrais révolutionnaires.

Mais c’est loin d’être gagné quand on regarde qui nous dirige !

(Photo : Marco Bello, Joe Penney)

L‘artiste burkinabée Awa Sissao est nominée dans la catégorie meilleure artiste féminine de l’Afrique de l’Ouest aux prochains Koras Musiques Awards. Sans attendre les résultats proclamés en mars prochain, je vous invite à écouter son Mariage.

Pour le meilleur et pour le pire…