Retour à la normale

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Après l’horreur et la sidération, il y a toujours un moment où la vie reprend ses droits.

Je ne parle pas seulement de la France où, plus d’un mois après les attaques terroristes du 13 novembre, les affaires ont repris à la veille des fêtes de fin d’année, dans un climat printanier. Les enseignes du web ont rangé les petits signes de solidarité et je ne fréquente pas assez f**k pour savoir si les drapeaux bleu-blanc-rouge ont aussi disparu.

Non, je parle du Mali où, par une photo parue dans une de mes galeries fournisseuses, j’ai appris la réouverture de l’hôtel Radisson Blu de Bamako, 25 jours seulement après l’attaque djihadiste qui avait provoqué la mort de 20 personnes, le 20 novembre dernier.

Le chef de l’État malien, Ibrahim Boubacar Keïta, qui présidait la cérémonie de réouverture s’est félicité de cette “victoire de la vie sur les jihadistes”,et l’on ne peut qu’être d’accord avec lui.

Gary Ellis, le directeur de l’hôtel, a pour sa part déclaré : “Les événements qui nous ont frappés le 20 novembre dernier ont laissé en chacun de nous des traces indélébiles, des blessures profondes avec lesquelles nous allons devoir apprendre à vivre.” Et en imaginant ce qu’ont vécu les employés de l’hôtel durant l’attaque terroriste, on se sent, là aussi, en accord.

“Alors quoi ?” me demanderez-vous…

En regardant la photo, où Gary Ellis est mis à l’honneur par ses employés, je n’ai pas pu m’empêcher de remarquer qu’il était le seul blanc sur la photo. Ressentant comme une vague impression que le colonialisme n’est pas tout à fait aussi mort qu’on veut toujours nous le faire croire : un blanc qui dirige, au nom d’une multinationale occidentale, des employés noirs. Une certaine logique qui n’a pas disparu en 55 ans d’indépendance…

Et pour argumenter cette impression, je suis allé regarder le prix d’une chambre à l’hôtel Radisson Blu de Bamako, qui m’a été annoncé à 220€ (minimum) la nuit sur le site de la chaîne. Sachant que le salaire de base malien est de 31370 Francs CFA mensuels, soit moins de 48€, je vous laisse faire le calcul du nombre de jours de travail qu’il faut pour se payer une nuit de sommeil…

Oui, je sais qu’on peut en faire de comparables sans aller jusqu’en Afrique. Et vous me direz qu’il vaut mieux gagner 48€ par mois à changer les draps des riches occidentaux, que trois fois rien en vendant pas grand chose sur le marché de Bamako.

Mais notre monde n’a-t-il vraiment que cette alternative à proposer à ces habitants les plus pauvres ?

(Photo : Joe Penney)

Et je prouve qu’il existe des coopérations réussies, comme lorsque Josemi Carmona à la guitare, Javier Colina à la contrebasse et Bandolero aux percussions rejoignent Toumani Diabaté et sa kora, pour une session de la Mamah Africa Week enregistrée en septembre dernier. À Madrid…