Vieillir… ô vieillir !

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Slide 1

Une erreur non identifiée a beaucoup retardé la mise en ligne automatique de ce billet…

Il arrive que les photos du monde, à travers lesquelles je découvre parfois l’actualité du même monde, prêtent à une certaine confusion, voire à des interprétations contradictoire (comme hier).

Il arrive aussi qu’une image provoque soudain des pensées en cascade, traversées d’imagination.

Ainsi de la photo ci-dessus, sur laquelle la légende associée nous montre “un investisseur regarde son téléphone mobile dans une maison de courtage à Beijing, le mardi 26 janvier 2016”.

Une photo pour raconter la dégringolade des bourses asiatiques… Mais ma pensée est partie naviguer loin de la finance mondiale et des cours du pétrole.

Parce que visiblement, cet “investisseur” chinois n’est plus de toute première jeunesse, ce qui m’a d’abord amené à penser que la Chine vieillit et se trouve confrontée aux problèmes du vieillissement. Comme nos sociétés occidentales avancées. Où les vieux investissent aussi, quand ils en ont les moyens, dans des fonds de pension qui étranglent les entreprises en exigeant d’elles des taux de rentabilité sans rapport avec une fameuse croissance qui n’existe plus. Des vieux qui consomment, notamment chez le médecin et le pharmacien, et qui creusent le déficit d’une sécurité qui n’est tellement plus sociale. Des vieux qui ne veulent pas payer pour les plus jeunes (que chacun de débrouille !) qui trouvent des boulots défiscalisés qui ne payeront pas les cotisations de retraite des vieux. Mais des vieux qu’on ménage, pas vraiment par respect pour leur âge, mais pour leur carte d’électeur. Parce que les vieux votent. Et qui ont tellement peur de leur avenir rétréci, qu’ils votent souvent pour la “sécurité. pas du tout sociale. Ni socialiste. Souvenez vous, à chaque fois que vous entendez un discours sur la nécessaire rigueur dans notre continent si riche, que la politique de l’euro fort est surtout destinée à préserver le capital des retraités allemands.

Et le vieillissement de nos populations n’est pas plus prêt de s’inverser que la courbe du chômage. Et tant pis pour ceux qui espèrent encore un plan B européen. Ou qui espèrent nous y faire croire.

L’espoir réside peut être dans … l’espérance de vie, dont la courbe s’inverse plus nettement que celle du chômage.

Personnellement, 79 ans ça me convient. J’ai toujours dit que je ne dépasserai pas 80. Ça fait quand même le double de Boris Vian… Et même si, malgré que je sois déjà considéré comme un senior par certains questionnaires ou certains regards, le moment de ma propre retraite s’éloigne à chaque fois que je pense m’en approcher, je n’ai pas plus envie que ça de traîner par ici éternellement, de m’accrocher, de négocier du rab. Et ne me parlez pas d’éternité ni de la vie éternelle sur laquelle il paraît que certains chercheurs planchent avidement.

Heureusement que la nouvelle loi sur la fin de vie, et la sédation profonde (tellement délicieuse à entendre prononcer à la radio…) me laisse espérer que j’échapperai à cette éternité. Et que, plutôt que de profiter de la vie jusqu’à la dernière miette, je saurai en apprécier chaque instant.

Même si.

Mais j’évoque l’euthanasie, n’allez pas pour autant me dénoncer comme gérontophobe voire pire comme vieillaricide…

J’aime pas les vieux. Qui disait ça ? Ah oui, c’est le début d’un texte que je n’ai jamais achevé et dont je vous épargnerai les bribes pour ne pas alourdir un billet déjà bien (trop?) long.

Mais sachez seulement que dans ce texte, c’est un vieux qui parlait…

Je ne déteste pas les vieux. Pas plus que je n’aime les enfants. J’ai horreur de ces généralités. J’aime ceux que j’aime, comme disait Prévert. Homme ou femme, enfant ou vieillard.

Avec une préférence pour la vieille Russe désargentés par rapport au vieux Chinois spéculateur. Et en parlant de rapport, je reste persuadé qu’il en existe un entre les fortunes insolentes et les pauvreté obscènes… Une vieille Russe obligée de vendre des ballons pour arrondir des fins de mois qui n’en finissent jamais.

La photo de cette femme, dans la même galerie d’images, illustrait pour sa part la dégringolade de l’économie russe, amplifiée par la baisse des cours du pétrole qui fait chuter les banques chinoises. Une dégringolade qui semble aussi difficile à inverser que la courbe du chômage déjà évoquée.

Vous me direz peut être qu’il vaut mieux être un vieux chinois qu’une vieille russe. Il est statistiquement évident qu’il vaut mieux être homme que femme sur cette planète, mais si le “bonheur » passe par la spéculation financière, je crois que je m’en vais tout de suite commander quelques ballons… Parce que leurs couleurs, au moins, provoquent quelque joie aux enfants auxquels on les offre.

Et l’avenir nous dira s’il vaut mieux vivre en crise dans le pays resté (si peu, d’accord…) communiste, que dans celui qui a sombré dans on ne sait trop quel régime…

(photos : Andy Wong, Alexander Zemlianichenko)

 

Après avoir hésité entre du rock chinois et du rock russe, j’ai cherché à partir du titre du billet, une phrase qui me trottait dans la tête en rédigeant ces lignes. Un refrain de chanson.

Et j’ai trouvé cette interview (malheureusement tronquée…) du (grand) Jacques Brel, à Montréal, au micro de Lise Payette, animatrice de l’émission Appelez-moi Lise. En 1973, mais ses mots n’ont tellement pas vieilli…

Et comme ils interpellent le vieux que je deviens, qui se défend encore de (pour) ne pas devenir grand.