L’avenir est-il un oxymore ?

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Les habitués de ce blougui savent qu’une des spécialités maison est la pose de questions. Qui ressemble à celles de papier peint ou de moquette, à la différence près que ça ne laisse pas de traces de colle sur les mains (mais que ça ne change rien au cadre de vie, ce qui fait une seconde différence).

Question sur le monde et sa course folle, sur le regard que j’y pose, sur les questions que ce monde me provoquent et qui restent tellement sans réponse, au désarroi de certains lecteurs. Question aussi sur l’audience stagnante, mais tellement de qualité, réalisé-je chaque fois qu’un de vos messages me parvient. Ce qui répond aussitôt à la question de savoir si je ne devrais pas plutôt socialiser modernement en postant des photos de n’importe quoi sans aucun commentaire ni la moindre question, sur un pseudo mur, où s’esclafferaient les badauds, s’indigneraient les bien pensants, s’exclameraient les amateurs d’émotions fugaces ou de scoops momentanés…  et qu’oublierait aussitôt la mémoire collective qui a tendance à se volatiliser à mesure que les nouvelles technologies nous garantissent de la conserver pour nous.

Ce qui parfois (lors de certaines recherches infructueuses ou confronté à des algorithmes pas complètement en phase avec mes souvenirs parcellaires) me semble une promesse aussi irréalisable que celles de la baisse du chômage, du vote des étrangers, de la lutte contre la financiarisation du monde ou de l’interdiction des licenciements boursiers… brandies jadis par par un désormais président dont la normalité consiste surtout à se droitiser pour tenter de faire trébucher la droite historique dans l’ornière de l’extrémisme. (Cette longue incise d’évocation de l’actualité francophone témoigne par ailleurs de la promesse, parfois approximativement tenue, que ce blougui portera son regard sur le monde. Dans son sens large. Mais que voulez-vous ? Et puisqu’on en est à déroger et à propos de bout du monde, hexagonal ou pas…

… fin de la parenthèse.)

Bref.

Je vous épargne aussi les questions à la veille du 7e anniversaire sur la nécessité de poursuivre la publication de ce blougui (question récurrente à la réponse toujours positive, du moins tant que je n’ai pas trouvé plus intéressant à écrire par ailleurs…), de changement (maintenant?) de ligne éditoriale, de maquette, de style, de regard.

C’est souvent sur ce dernier point que je rejoins les plus critiques des commentateurs qui trouvent que mon regard sur le monde est souvent bien sombre. Je réponds souvent que ce n’est pas moi qui fait l’actualité que je choisis de commenter, et que, mises à part les images de sportifs (en pleine action ou jubilation), de mannequins sur les podiums, d’animaux (sur les podiums ou ailleurs) ou de paysages de saison, les photographies de presse offrent peu d’occasion de sourire et de voir la vie en rose. Et je n’ai envie ni de spécialiser en blogueur de mode ou animalier, ni de sacrifier le reste de l’arc-en-ciel pour une seule teinte.

Mais je suis d’accord que c’est aussi une question de choix des sujets. De point de vue. D’état d’esprit. Parmi les bonnes résolutions que j’ai prises en début d’année et renouvelées pour mon propre changement d’année, figurait en bonne place celle de faire un effort pour “positiver”. Encore que je déteste ce terme inventé par une enseigne de magasins qui pratiquent des salaires aussi bas que les prix qu’ils payent aux agriculteurs. Je m’efforce donc de regarder les images douces avec plus d’attention. Me disant qu’il y a aussi quelque chose à en dire et qu’il est possible de changer de regard sur le monde à défaut de pouvoir changer le monde.

J’espère que vous avez remarqué les efforts…

Et puis hier, j’ai vu ce qu’était un vrai changement de regard sur le monde.

Un gugusse avec un drôle de masque puis 3000 gugusses équipés du casque ad-hoc applaudissant à tout rompre l’arrivée de la réalité virtuelle annoncée dimanche soir à Barcelone par le fabricant coréen de téléphones concurrents des produits étasuniens fabriqués en Chine pour mieux préserver des marges bien réelles.

Une vision assez horrible qui ressemble à une mauvaise définition de l’amour de Saint-Exupéry, où l’on ne se regarde plus les uns les autres ni même dans la même direction. Mais où la “socialisation” passe par le filtre d’une machine qui nous prive de la vue (nous privatise le regard?) pour nous montrer une réalité refabriquée qui tend à se faire passer pour. Mais “mieux” que la vraie.

Une présentation en grandes pompes, avec en invité d’honneur (guest star…), Marc Zuckerberg en personne et en baskets. Le grand spécialiste de la virtualité sociale (qui vient de se prendre une claque dans la réalité asiatique avec le refus des Indiens de se voir imposer un programme minimum qui ressemblait fort à une nouvelle étape d’un Internet privatisé…) et qui promet que “la réalité virtuelle est la prochaine plateforme”.

Si les 3000 “journalistes” qui se sont vu offrir les moches lunettes qui empêchent de voir ce qui se passe à côté de soi et le téléphone qui va avec pour dire que quand même “on y était”…

“Le petit truc en bas à droite = Zuckerberg”

… si ces 3000 gugusses ont tout pour “penser” que cette prochaine plateforme est à rêver, certains de leurs confrères (du Monde ou de Slate) partagent leur effroi (et celui des internautes) devant une image de ce que pourrait être un monde plongé dans la réalité virtuelle, où quelques esprits “éclairés” garderaient pied dans la réalité réelle. Ce qui au passage est un sacré pléonasme et dénonce donc par conséquent réalité virtuelle comme un oxymore. Comme l’avenir que nous promet ses défendeurs ?

Le pire (toujours et de plus en plus probable) de l’histoire du jour étant qu’on peut imaginer, dans un futur plus ou moins lointain, la même chose… sans casque. Et qu’il faudra ce jour là une sacrée vigilance pour reconnaître et regarder la réalité en face. A moins que nous aussi soyons devenus des êtres virtuels. Cela aussi intéresse certains « penseurs” des nouvelles technologies.

Alors, si je suis d’accord pour penser que la réalité a besoin parfois d’être sublimée, je préfère la regarder en face. Ou avec les filtres du sourire, de la réflexion ou de la poésie…

(photos : Manu Fernandez, David Ramos, DR, Olivier Hertel)

Parmi d’autres questions récurrentes, revient souvent celle de savoir si tel ou telle artiste est déjà passé dans cette rubrique. Mais pour m’aider à répondre, ce blougui possède son propre moteur de recherche qui fonctionne bien à condition de respecter l’orthographe.

C’est ainsi que j’ai pu vérifier que le groupe iranien Kiosk avait déjà eu les honneurs de cette rubrique, avec même deux vidéos (dont j’ai au passage réactivé l’une, rendue muette pour je ne sais quelles raisons techniques et je ne vais pas ajouter une énième question à une liste déjà interminable…)

Mais jamais deux sans trois, dit le proverbe. Et quand on aime on ne compte pas, ajoute (ou contredit?) un autre.

Bref.

En plus j’ai trouvé que l’idiot (couronné ou pas) du clip avait bien une tête à se noyer dans la réalité virtuelle. Voici donc کرامت (Dignité). Et si vous le souhaitez, le lien vers la traduction (très approximative) des paroles en français