Rester chez soi ?

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Chez abcdetc, entre tellement d’autres choses, on a une certaine sensibilité aux doudous perdus. À cause d’un Gustave égaré jadis lors d’un déménagement. Pour chercher une vie meilleure…

Aussi, en voyant celui-ci hier, parmi les images de désolation en provenance d’Idomeni près de la frontière entre la Grèce et la Macédoine, j’ai eu comme un pincement de nostalgie mêlé de désolation. Ça ne change rien à la situation du monde, je sais. C’est tellement inutile la compassion, je sais. Mais je ne crois pas que le cynisme soit préférable. À peu près au même moment où je trouvais la photo du doudou dans la boue (que la légende en anglais désignait comme “poupée”), j’entendais à la radio Donald Tusk, l’actuel président polonais du Conseil européen, lancer un appel depuis Athènes aux migrants “économiques” :

“Ne venez pas en Europe. Ne croyez pas les passeurs. Ne risquez pas vos vies et votre argent. Tout cela ne servira à rien.”

Comme ma compassion ?

Et j’ai pensé une nouvelle fois combien il faut être pauvre pour tenter sa chance ailleurs, pour se mettre en route, pour refiler toutes ses économies à des passeurs mafieux et se mettre en route vers des pays en crise dans une Europe fermée et balbutiante, autant sur le plan démocratique qu’économique, où l’on aura qu’à peine accès à des boulots que personne ne veut plus faire, sous-payés au noir, sans réelle protection sociale, sans vraiment de logement décent, mais que c’est peut être mieux que de vivre sous le seuil de pauvreté dont la Banque mondiale se réjouissait l’an passé qu’il n’y ait plus que 10% des habitants de la planète à stagner sous ce fameux seuil. Qui est de 1,90€ par jour ! Ce qui au prix de la baguette en face de chez moi en paye deux…

Le nombre de milliardaires aussi a baissé, nous apprenait-on il y a quelques jours. Il ne sont plus que 1810 cette année, soit 16 de moins qu’en 2015. Et même si leur fortune moyenne a baissé aussi, ils possèdent chacun encore 3,6 milliards de dollars (3,29 milliards d’euros). Ça fait quand même beaucoup de baguettes. Dont les plus pauvres n’ont que les miettes…

10% des habitants de la planète, ça fait encore 700 millions de personnes. Et en pensant à ces deux populations qui se “partagent” si mal le monde, je ne peux m’empêcher de me dire qu’on a bien mal laissé se faire ce partage, que la mondialisation n’a pas tenu toutes ses promesses, que l’aide au développement a autant de ratés que la solidarité internationale, que la modernité est une notion bien relative, que l’avenir a encore bien des promesses à tenir. Et que 700 millions de personnes qui peuvent acheter juste deux baguettes par jour, ça fait beaucoup de gens qui n’entendront sans doute pas les propos de Donald Tusk.

Sans compter les enfants qui pleurent un doudou perdu.

(Photo : Petros Giannakouris)

Aux mers – réelles – du monde que traversent les migrants qui parfois y succombent, on peut préférer les mers oniriques – Imaginay Seas  – de Sylvain Texier, Benjamin Le Baron, et Tom Beaudoin, réunis dans le trio – rennais – Fragments.