Histoire de cul

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Slide 1

“Quand on n’a pas le cul propre, on ne grimpe pas aux arbres.”

Je ne sais plus vraiment si ma grand mère a dit ça, elle qui réprouvait tellement la vulgarité et les gros mots…

Quoi qu’il en soit, ayant toujours eu le vertige à partir de 2 mètres du sol, je ne grimpais pas bien haut. Maintenant aussi…

Et je sais depuis longtemps que je ne suis pas irréprochable et que si j’attends de l’être pour m’exprimer, je n’ai plus qu’à sagement fermer ma gueule.

Comme Obama à Cuba.

Hier matin, après avoir rédigé cette introduction, je suis allé mériter mon salaire au travail qui me paye, où j’ai retrouvé un extrait d’un livre d’Eduardo Galeano, Le Football, Ombre et Lumière, dans lequel l’auteur uruguayen évoque (entre autres) le Mondial 2006 et la situation planétaire dans lequel il se déroula :

Comme d’habitude, les avions de la CIA hantaient les aéroports européens, faisant comme chez eux, sans autorisation ni avoir averti personne ni rien, et transféraient des prisonniers vers les salles de tortures réparties à travers le monde.

Comme d’habitude, Israël envahissait Gaza, et pour récupérer un soldat kidnappé kidnappait, à feu et à sang, la souveraineté palestinienne.

[…]

Comme d’habitude, des sources bien informées de Miami annonçaient la chute de Fidel Castro, qui n’était plus qu’une question d’heures.

Comme d’habitude, on avait la confirmation qu’à Cuba on violait les droits de l’homme : à Guantánamo, base militaire nord- américaine en territoire cubain, trois des nombreux prisonniers enfermés sans accusation ni jugement étaient retrouvés pendus dans leurs cellules, et la Maison-Blanche expliquait que ces terroristes s’étaient suicidés pour attirer l’attention.

Bon d’accord, en 2006, Barack Obama n’avait pas encore succédé à George W. Bush, mais en 8 ans de règne il me semble que le prix Nobel de la Paix 2009, un peu par anticipation et “pour ses efforts extraordinaires en faveur du renforcement de la diplomatie et de la coopération internationales entre les peuples” n’a pas vraiment tenu sa promesse de fermer le camp  de Guantánamo (à 1h30 d’avion de La Havane) où sont encore détenus une centaine de “prisonniers”.

Je ne vais pas me lancer dans une défense de la politique cubaine en matière de droits de l’homme, au risque de me faire envoyer au goulag ou dans les démocratures pour voir si je peux y écrire aussi impunément qu’ici mes petits billets.

Mais si je suis bien d’accord avec la fameuse citation de Churchill disant que “la démocratie est le pire des régimes à l’exception de tous les autres”, je pense avec Sade qu’il nous faut – en France comme ailleurs – faire “encore un effort si [nous voulons] être républicains”.

Et redonner leur dignité aux millions d’exclus de la grande générosité démocratique : aux expulsés de chez eux aux Etats-Unis, en Espagne ou ailleurs suite à l’effondrement du Monopoly des subprimes, aux autres victimes de nos “chères” banques surendettés jusqu’à la faillite, aux chômeurs qui n’ont rien compris au marché de l’emploi et à la nécessité de se flexibiliser, aux précaires qui ne le sont pas encore assez (flexibles), aux millions de pauvres qui font tâche dans la richesse de nos sociétés…

Mais qui ne meurent pas comme on meurent dans les geôles des dictateurs ou autrefois dans les goulags. Sauf de temps en temps sur un trottoir trop glacé, mais il a fait chaud cet hiver grâce au réchauffement climatique dont on aurait tort dès lors de se plaindre.

Et qui, même essorés par un système qui a encore du souffle, sont libres. De leurs opinions et de les exprimer (s’ils ne s’appellent pas Edward Snowden ou Chelsea – née Bradley – Manning…). Ou de s’acheter une voiture pour devenir les esclaves modernes de l’économie numérique. Comme pour nous rappeler que les démocratie “exemplaires” de l’Antiquité fonctionnaient grâce à une masse d’esclaves au sevice de quelques citoyens.

Bref.

Il n’y aura pas de photo de la famille Obama sous la pluie cubaine aujourd’hui sur abcdetc. Mais, à propos de goulag, je vous ai trouvé une image en provenance de Krasnoïarsk, en Sibérie, où l’artiste Vasiliy Slonov a fêté l’équinoxe de printemps avec une performance intitulée (selon l’agence Reuters qui m’a fourni ce cliché comme à nombre de mes confrères de la presse internationale) “Siberian Spring’s Strings”.

Je vous laisse traduire, je n’ai pas trouvé d’équivalent français pour string.

Et je pense que les jeunes filles qui accompagnent l’automobile ont le cul plus gelé que sale…

(Photo : Ilya Naymushin)

Qu’est ce que vous croyez ?

Je n’allais quand même pas survoler Cuba sans vous en rapporter un peu de musique. (Mais non, pas les Stones…) Et je vous propose même une balade dans la Havane en compagnie de Raúl Paz qui, après quelques années par chez nous, est reparti vivre à Cuba d’où il nous adressé en 2010 Havanization.