Historia de mierda

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L’ordinateur est peut être meilleur que l’homme pour jouer au go, mais pour les langues étrangères, j’ai un doute.

Ainsi, en voulant ne pas me répéter à trois jours d’écart, j’ai tenté de traduire en espagnol le titre du billet qui évoquait la visite quelque peu hypocrite de Barack Obama à Cuba pour le réutiliser à l’occasion de la visite suivante en Argentine. Mais alors qu’un site de traduction me proposait de traduire histoire de cul” par “historia de mierda”, le traducteur d’un célèbre moteur de recherche me traduisait cette expression espagnole par “histoire abracadabrante”.

Bref.

Le Président étasunien a donc effectué, les 23 et 24 mars, une visite de merde abracadabrante en Argentine, alors que le pays commémorait les 40 ans de l’irruption de la dictature ou “processus de réorganisation nationale” qui s’est soldé par la “disparition” de 30000 opposants, sans compter les milliers d’exilés et les centaines d’enfants enlevés à leurs familles pour être confiés à des proches du pouvoir d’alors.

Avec la complicité de la CIA étasunienne et sous l’œil bienveillant d’Henry Kissinger (prix Nobel de la Paix lui aussi, tiens, tiens !)

Quarante ans après le déclenchement de cette sinistre période de l’histoire de l’Amérique dans son ensemble, le président étasunien a tenté l’apaisement avec une visite au mémorial des victimes, une promesse de déclassifier les documents de l’époque de son armée (et on sait ce que valent les promesses d’Obama), quelques pas de tango et quelques phrases fortes :

“J’ai passé beaucoup de temps a étudier l’histoire de la politique extérieure des États-Unis (…) Il y a des moments de grande gloire et d’autres qui ont été contraires à ce que je crois que doit représenter l’Amérique. Dans les années 70, il y a eu une maturation, les droits de l’homme sont devenus aussi important que la lutte contre le communisme.”

Les Argentins, comme les Chiliens avant eux, n’ont juste pas eu de chance avec le calendrier…

Si certains de mes confrères saluent l’art d’éteindre la polémique, d’autres dénoncent une provocation, comme les opposants qui l’ont fait savoir dans les rues de Buenos Aires à la veille de cette visite officielle.

(photos : Ivan Fernandez)

Mais dans le genre provocation, Obama a fait encore mieux dans son discours à l’Usina del Arte, centre culturel de Buenos Aires, mercredi :

“So often in the past there has been a division between left and right, between capitalists and communists or socialists, and especially in the Americas, that’s been a big debate. Those are interesting intellectual arguments, but I think for your generation, you should be practical, and just choose from what works. You don’t have to worry about whether it neatly fits into socialist theory or capitalist theory. You should just decide what works,” a déclaré – en anglais bien sûr – le président étasunien.

Ce que le même moteur évoqué plus haut me traduit par (après quelques ajustement syntaxiques de ma part) :

Très souvent, dans le passé, il y a eu une division entre gauche et droite, entre capitalistes et communistes ou socialistes, et surtout dans les Amériques, où de fut un grand débat. Ce sont des arguments intellectuels intéressants, mais je pense que pour votre génération, vous devez être pratique, et il suffit de choisir de ce qui fonctionne. Vous ne devez pas vous inquiéter de savoir ce qui correspond parfaitement à la théorie socialiste ou à la théorie capitaliste. Vous devez simplement décider ce qui fonctionne.”

Et que l’afp traduit de son côté par : “Dans le passé, il y avait une division entre droite et gauche, entre capitalisme et communisme. Soyez plus pragmatiques, choisissez ce qui fonctionne.”

Bref, au delà des distorsions de langue, cet éloge subtil du capitalisme tellement désirable a dû sembler délicieux aux oreilles des plus de 100.000 Argentins qui ont perdu leur emploi depuis le début de l’année, grâce notamment à la politique de dégraissage de leur nouveau président Mauricio Macri.

Quant à l’image du jour, après bien des hésitations devant les clichés du tellement photogénique Obama, j’ai choisi finalement de vous présenter son compatriote anonyme, simplement surnommé “Man in tree”, qui est resté 25 heures perché au sommet d’un sequoia de 25 mètres, dans la bonne ville de Seattle.

Et qui lui avait le cul propre, si j’en crois l’image !

(photo : Grant Hindsley)

Des soucis techniques non identifiés ont rendu illisible la vidéo d’hier. C’est réparé et je vous encourage à retourner l’écouter…

Et pour aujourd’hui, je vous épargne les pas de tango de la famille Obama. Et vous ai déniché une autre petite perle musicale en provenance d’Argentine, avec les jumelles Gianna et Laura  Caronni, alias Las Hermanas Caronni.

À propos d’Argentine, on a appris hier la mort de Johan Cruijff, qui ne participa pas à la sinistre coupe du monde de 1978. Mais dont je conserve, entre autres, le souvenir lors de la précédente, en 1974, et de cette fameuse finale perdue…