La mémoire en (état de) marche

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J’ai trouvé l’image du jour dans la sélection quotidienne de mes confrères du Guardian (le journal de Jon Henley).

Une étrange photo avec plein de photos dedans.

Elle a été prise à Vladivostok, où plusieurs milliers de personnes ont défilé hier, Jour de la Victoire, brandissant des portraits de leurs proches morts en combattant le régime nazi.

Ce “Régiment des immortels” entend perpétuer le souvenir des héros que l’histoire ou l’actualité pourraient aider à faire oublier. Avec 8 à 10 millions de soldats tués et 12 à 14,5 millions de victimes civiles, l’URSS a en effet payé le plus lourd tribu à cette guerre de libération de l’emprise du Troisième Reich sur le monde.

Même si la Chine dispute ce titre peu enviable, si le stalinisme est souvent comparé au nazisme et si la naissance de ce mouvement de commémoration, il y a 4 ans seulement, peut à juste titre passer pour de la propagande ou de la récupération (d’ailleurs abondamment relayées dans le média pro-Kremlin Sputnik), il n’en demeure pas moins que le mouvement prend de l’ampleur. Après la Russie (où 12 millions de personnes auraient ainsi défilé l’an passé, à l’occasion du 70e anniversaire de la Victoire), des marches sont désormais organisées dans une quarantaine de pays : France, Espagne, Italie, Australie, Belgique, Pologne, Pays-Bas, République tchèque, Azerbaïdjan, Japon, Israël, Grèce, Malte, Autriche, Grande-Bretagne, Liban, États-Unis, Corée du Sud, Bulgarie, Chine, Argentine ou même Qatar (vous pouvez vérifier ici).

À croire que la mémoire a de l’avenir ou que l’Internationale du souvenir est vraiment le genre humain.

Le site officiel du mouvement Régiment immortel (официальный сайт движения бессмертный полк), qui recense toutes ces manifestations de soutien aux troupes soviétiques, a par ailleurs recueilli 338.588 témoignages qui racontent l’histoire de ces soldats sacrifiés.

Une bien belle collecte qui pourrait inspirer d’autres organismes, associations ou institutions qui s’occupent de collecte ou de transmission de la mémoire.

Personnellement, malgré tout mon respect pour les soldats qui ont libéré le continent où j’ai le plaisir de vivre, je ne suis pas sûr que je participerai l’an prochain à la marche française du Régiment des immortels. Et pas seulement par anti-poutinisme primaire…

Mais j’aimerais que naisse aussi une marche des Idées oubliées. Celles du communisme d’avant Staline, par exemple. Ou bien celles des combattants réunis dans le Conseil national de la résistance, qui osèrent, en plein conflit, imaginer l’utopie d’égalité, de justice sociale, d’état providence, de partage des richesses, de démocratie… Un programme crânement intitulé Les Jours heureux, lentement vidé de sa substance depuis que les lendemains déchantent. Mais qui contient des idées simples qui pourraient être immortelles.

Si le combat ne s’arrête pas, faute de combattants.

(Photos : Yuri Smityuk)

Elle a autant voyagé que la Marche du Régiment des immortels. Née à Sarapoul (Russie), Zulya (Kamalova) vit à Melbourne (Australie) depuis 25 ans. Mais elle navigue entre les deux continents, et n’oublie pas ses racines musicales, qu’elle explore avec le soutien de son groupe “local” The Children of the Underground.