Confusion mentale

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Slide 1

Hier soir, je suis rentré fatigué du travail qui me paye mais, après un détour par le supermarché d’à coté pour quelque ravitaillement, je me suis mis au travail.

Pendant que j’explorais les images du monde, la radio diffusait le témoignage de Jean-Paul Mari, grand reporter, écrivain auteur du Bateau ivre et membre de l’Association SOS Méditerranée, qui revenait de 3 semaines à bord de l’Aquarius, ce navire qui vient au secours des réfugiés au large des côtes libyennes. Le récit de l’horreur quotidienne que vivent ces hommes et ces femmes désespérés, à bout de forces après leur périple et les violences qu’ils ont subies pendant leur exil et leur séjour en Libye. Des femmes et des hommes à bout de souffle, à bout de vie, qui se raniment peu à peu, qui redeviennent humains, lorsqu’ils se sentent enfin en sécurité. Mais dont nos pays, leurs dirigeants, leurs habitants, hésitent à leur venir en aide pour ne pas se laisser déborder. Comme si, voyant un homme se noyer dans la rivière à nos pieds, nous nous interrogions sur la place qu’il y a dans notre bureau, notre appartement, notre quotidien, notre vie, dénonçait Jean-Paul Mari, avant de déplorer “tous ces bateaux qui ont transformé la Méditerranée, cette mer pleine de grâce, en un immense cimetière”.

Et au moment où il prononçait ces mots de conclusion de son entretien, mes yeux parcouraient la légende de la (belle) photo du jour, en y lisant le titre de cette installation artistique : Sea of Hands.

Comme un écho, une mise en abime. Au sens propre en pensant à tous les noyés engloutis par la Méditerranée qu’aucune main n’est venue secourir, qu’aucun regard même sans doute n’a vus.

Mais c’était une confusion.

Parce que ces mains n’ont aucun rapport avec la Méditerranée. Elles sont installées par l’association australienne Antar à Barangaroo, un quartier de Sydney, à l’occasion de la “Semaine de la réconciliation”. Il y en aura au final 16000, aux couleurs du drapeau aborigène (rouge, jaune, noir) pour inviter les Australiens à réfléchir sur leur “identité nationale” et la place qu’elle laisse à l’histoire et aux cultures autochtones.

Finalement, me suis-je dit, ces mains se tendent aussi pour nous inviter à réfléchir. À cesser de fantasmer sur la disparition de notre histoire et de notre culture face à “l’afflux” de migrants. Et à retrouver (un peu de) nos valeurs.

À sortir de la confusion mentale qui gangrène notre société et notre époque pour retrouver, retoucher la “grâce”, de la mer et de la vie.

Et à nous réconcilier avec notre humanité.

(Photo : William West)

Dans notre pays aussi les réfugiés sont persécutés, comme en témoignent les exactions contre les Comoriens à Mayotte. Dont on parle si peu ou ne veut pas entendre parler. Parce que c’est si loin et “qu’est ce qu’on en a à faire de ces émeutes entre noirs…” (sic).

Ce n’est pas une confusion. C’est une coïncidence. J’avais mis cette chanson de côté il ya peu de temps pour la partager un jour avec vous. Komor Blues de la Réunionnaise Christine Salem. Une chanson qui a déjà deux ans mais qui reste tellement d’actualité.