Morts les enfants

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“Un jour l’enfant prend une arme…”

C’était il y a une éternité, plus de 30 ans maintenant, en 1985. Deux et cinq ans avant la naissance de mes propres enfants. Renaud, encore vraiment vivant, chantait Morts les enfants.

J’ai repensé à cette chanson en écrivant le billet d’hier, en lisant que le kamikaze de Gaziantep avait entre 12 et 14 ans. Mais comme il ne connaissait pas la chanson, il a tué des civils au lieu des ambassadeurs, des militaires ou des grabataires. Parmi ses victimes, plus d’une vingtaine étaient plus jeunes que lui…

Comment cet enfant a-t-il grandi ? Comment s’est il laissé gagner par la folie ? Quels salauds l’ont manipulé jusqu’à le transformer en machine à tuer ? Quel esprit est assez tordu, vicieux, sordide pour priver un enfant de son enfance pour qu’il fauche à son tour l’enfance de ses semblables ?

Encore des questions auxquelles je ne sais pas répondre. Me sentant comme l’enfant qui découvre avec appréhension et un peu de vertige que ses parents, comme les autres adultes, ne savent pas tout et ne possèdent pas toutes les réponses. Même s’ils essaient d’y faire croire. D’y croire ?

Et hier, d’autres images sont venues me questionner. Celles d’un adolescent de 15 ans, arrêté dans les rues de Kirkouz (Irak) avec une ceinture d’explosifs…

Combien sont-ils ces enfants perdus, récupérés, conditionnés, plein de folie et de haine, dans un monde qui ne les comprend pas et qu’ils comprennent de travers ? Ces enfants que des adultes tordus ont déformé à leur tour, les privant de leur enfance et les dépossédant de leur vie.

Jusqu’à la mort. Jusqu’à tuer…

Pendant ce temps d’autres enfants tentent de fuir l’horreur de la guerre interminable. Comme cette fillette photographiée sur la route de Dibis, à quelques kilomètres au nord ouest de Kirkouk, par le même photographe qui a saisi les images de l’enfant kamikaze, quelques jours après.

(photos : Ako Rasheed)

Les vieux aussi meurent. Mais c’est quand même davantage dans l’ordre des choses. Ils sont au courant de comment ce passe la vie. A peu près.

Bref.

Après avoir pris sa retraite à 91 ans, ne se sentant plus la force de jouer durant tout un concert, Toots Thielemans a tiré hier sa dernière révérence. À 94 ans. Une légende s’en va, un Belge en rejoint un autre au vrai paradis, où l’on ne croise pas les tueurs qui croient aux promesses folles, mais où se réfugient peut être les enfants broyés…