Question de culture

Slide 1

Rien ne sert de courir ?

Grâce à un rebond de dernière minute et les résultats “miraculeux” du Haut-Ogooué (99,93% de taux de participation contre 59,4 au niveau national et 95,46% des voix en sa faveur), Ali Bongo a pu rattraper 60.000 voix de retard et se succéder à la présidence de la République du Gabon. 5 594 voix (sur 650 000 électeurs inscrits) le séparent de son adversaire, Jean Ping, et il n’obtient même pas la majorité absolue avec 49,8 % des suffrages contre 48,23 % à son opposant, qui s’était cru vainqueur jusqu’à la dernière minute…

Jean Ping a jugé les résultats “grossiers” et “inimaginables”.  Les électeurs imaginaient eux-aussi un autre dénouement.

Après près d’un demi siècle de “règne” de la famille Bongo, la population gabonaise semble lassée de la dynastie et, même s’il a fait partie du sérail et qu’on peut rêver mieux comme renouvellement, il semble qu’ils auraient quand même préféré le “M. Gendre” (Jean Ping fut l’époux de Pascaline, la fille d’Oma Bongo) à “M. Fils”

Devant ce résultat électoral suspect, les supporters du perdant se sont enflammés et ont même mis le feu au parlement. La riposte des forces de l’ordre a été pour le moins musclée : au moins trois morts, plusieurs blessés et des centaines d’arrestations : 600 et 800 manifestant à Libreville et 200 à 300 dans le reste du pays, selon le ministère de l’Intérieur.

Il va sans doute falloir recompter les bulletins, notamment ceux du Haut-Ogooué ! C’est d’ailleurs ce que demande Jean Ping, qui “réaffirme vigoureusement, en accord avec l’Union européenne et les États-Unis, que le recomptage bureau par bureau devient le seul moyen de garantir désormais la loyauté du scrutin”.

En matière de recomptage, les États-Unis ne semblent pas une référence, si l’on se souvient des élections présidentielles de 2000, remportées par George W. Bush avec moins de voix que son adversaire Al Gore, après plus d’un mois passé à recompter des bulletins…

L’Union européenne demande elle aussi la transparence par la publication des résultats bureau par bureau et en France, ancienne “puissance” coloniale, le ministre des Affaires étrangères exprime des “doutes” quand le président de la République en appelle “à l’apaisement”.

La France n’est peut être “pas coupable d’avoir voulu faire partager sa culture aux peuples d’Afrique”, comme le déclarait dimanche François Fillon, mais il est difficile de porter les soubresauts démocratiques qui agitent trop souvent le continent au crédit du rôle positif de la colonisation. Peut-être à celui du rôle négatif d’une décolonisation inachevée ?

(photo : Marco Longari)

Sur sa page f***k, le chanteur poète gabonais, Pierre Claver Akendengue, écrivait mardi, à la veille de la publication des résultats : “! Libérez la liberté !”.

Libérée la liberté, c’est aussi le titre d’une chanson qu’il a composée en début d’année, transformée depuis en hymne par l’opposition à Ali Bongo. On imagine qu’elle devrait se chanter encore longtemps dans les rues et sur les places … de Libreville.