Rédemption ?

Slide 1

“Si tu peux voir détruit l’ouvrage de ta vie
Et sans dire un seul mot te mettre à rebâtir…”

Je doute que les Haïtiens soient aussi sensibles que moi à la poésie de Rudyard Kipling que je cite en exergue. C’est sans doute que je suis du côté nord de l’ancienne (?) domination coloniale, qu’incarnait plutôt pas mal le prix Nobel de littérature 2007 et “prophète de l’impérialisme britanniqueselon George Orwell

Mais en voyant hier les images des ravages causés par l’ouragan Matthew dans une île dont on se demande quand elle aura le temps de se relever des catastrophes qui l’assaillent, ce sont les mots qui me sont venus à l’esprit.

Et celui de rédemption. Aux connotations un peu chrétiennes (comme mes racines gauloises, étrange…) que j’ai bientôt remplacé dans mon esprit par celui de résilience.

Plus adapté.

Je me demande parfois comment je réagirai si mon quotidien ressemblait à celui des personnes qui traversent ce blougui, comme les naufragés de la Méditerranée d’hier ou les dévastés d’Haïti d’aujourd’hui. Je crois que je me poserai quelque part pour pleurer sans espoir de me relever un jour. Attitude tellement inutile, dérisoire, pathétique. Vaine. Occidentale.

Et j’admire ceux qui restent debout. Et cette vie qui, toujours, malgré tout et malgré la mort, se poursuit. Banale et magnifique.

Aussi, au lieu d’une longue galerie d’images de ruines, n’ai-je choisi qu’une photo pour aujourd’hui. Celle de cet homme à la guitare et à l’instinct de survie intacts, dont j’ignore la chanson qu’il entonne pour son cousin dans les ruines de sa maison. Mais qui trouve cette force, encore, de donner de la voix…

Et m’a donné envie de chanter.

(Photo : Dieu Nalio Chery)

Évidemment, avec un titre de billet pareil, que pouvais-je bien trouver d’autre comme musique, qu’un reprise de Redemption song ?

Mais, à Riahanna qui a naguère chanté sa version pour Haïti, j’ai préféré John Legend et son interprétation plus… épurée. Même s’il chante pour une autre cause, d’une autre sinistre actualité. Et ne zappez pas le “prélude” de James Cavitt, détenu de la prison d’État de San Quentin.

En plus, c’est sous-titré.