Příliš hlučná samota

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Après l’italien, l’allemand ou le wallon (ou néerlandais), le titre du jour est en tchèque. Je vous expliquerai pourquoi. Et je ne vous promets pas d’explorer toutes les langues de la planète…

Un  mois tout juste après le lancement de l’offensive pour reprendre la ville de Mossoul aux djihadistes de l’État islamique, la bataille semble loin d’être gagnée. On nous avait prévenus et le bilan des pertes humaines, chez les combattants des deux côtés comme chez les civiles, semble aussi difficile à établir.

Berzan Ibrahim Khelil n’est donc qu’un mort parmi des dizaines ou des centaines d’autres. Mais en voyant hier la photo du jour, où l’on voit la charrette de son cousin emmenant son corps vers le cimetière, j’ai eu comme un pincement devant ce dénuement. Et cette solitude.

Une trop bruyante solitude, ai-je pensé silencieusement, me souvenant de ce magnifique livre de Bohumil Hrabal (d’où le titre du jour), qui parle de tout autre chose et pourtant.

Berzan Ibrahim Khelil avait 19 ans. Un âge stupide pour mourir. Au milieu d’une guerre stupide où il a été touché par un tir de mortier. Tiré par qui ? La légende de la photo ne me l’a pas appris. Mais qu’importe. Quelle que soit l’arme qui a tué ce tout jeune adulte, la stupeur est la même. Et dans cette région peuplée de tant de militaires et de terroristes, traversée de tant de fuyards, la solitude de ce pauvre équipage ajoute quelque chose de sinistre.

Je me suis raconté des histoires, comme il m’arrive de le faire à partir des images que je croise. Espérant que la famille de Berzan Ibrahim Khelil avait fait la route par un autre chemin, que ses amis avaient été distancés par la vitesse de l’âne, et que tous l’attendraient, le rejoindraient, pour lui rendre un dernier hommage, lui faire un dernier adieu au bord de sa tombe.

Je sais que ce n’est qu’une vie, qu’une mort, parmi d’autres, que la bataille se poursuit et qu’elle sera encore meurtrière, que l’arrêt des combats et la victoire contre Daech à Mossoul, dont nos responsables ne manqueront pas de s’enorgueillir, sera loin de signer la fin d’une guerre qui semble installeé dans cette région pour l’éternité. Mais parfois, une émotion singulière amène à regarder l’actualité autrement.

L’actualité autrement, un regard de traverse sur le monde, c’est aussi ce que j’essaye de faire chaque jour, modestement. dans une solitude tellement relative. Et qui retourne au silence une fois écrites ces quelques lignes. Et dans le silence, j’aurai une pensée, comme une prière que je ne sais plus prononcer, pour un jeune homme de 19 ans, auquel la folie des hommes a volé son avenir.

(Photo : Felipe Dana)

PS : “Essaye de faire un billet joyeux”, m’a conseillé une collègue au moment où je quittais hier soir (tout à l’heure) le travail qui me paye. Comme je n’aime pas décevoir les signes d’encouragement, j’ajoute juste une image, trouvée hier aussi, et qui m’a parue pleine de joie. Racontant une autre histoire. Celle de trois femmes regardant la mer et éclaboussées par une vague, sur le rivage de Gaza.

(Et j’ai soigneusement effacé tout commentaire négatif.)

(Photo : Mohammed Abed)

À cause de Bohumil Hrabal, j’ai eu envie d’écouter de la musique tchèque. Et à cause de l’ambiance du jour, j’avais presque une idée de ce que je voulais entendre.

Mais ma culture en ce domaine est aussi limitée que celles de mes confrères d’une radio nationale qui, dans une émission sur l’actualité du monde, se contentent de passer des titres anglo-saxons. Je balance, oui.

Mais (bis) comme je ne suis pas fainéant, j’ai exploré les (nombreux) festivals tchèques recensés par l’office du tourisme local, et notamment le le Trutnoff Open Air Festival de Trutnov (le Woodstock tchèque selon certains, où parmi une fort riche programmation, j’ai déniché… Oldřich Kaiser a Dáša Vokatá.

Alors, comme un enfant devant un dessin de mouton, je me suis dit que c’était exactement ça que je cherchais.

Je n’ai pas tout compris aux paroles, mais j’ai adoré l’histoire, et le chant, et le visage de ces deux soixantenaires là…