La soirée de l’ambassadeur

,

Slide 1

L’art contemporain est souvent d’un ennui mortel.

Ce n’est pas exactement ce que j’ai pensé, mais en découvrant cette image de l’assassinat en direct d’Andreï Karlov, l’ambassadeur russe en Turquie, par le jeune policier Mevlüt Mert Altintas, je n’ai pu m’empêcher de penser un instant à certaines “installations” qu’il m’est arrivé de voir lors de mes visites à l’art contemporain. Et j’ai trouvé ça hyper réaliste et largement plus réussi que bien d’autres œuvres : le type les bras en croix au pied de son meurtrier…

Je me suis peut être laissé influencer par l’ambiance du Centre d’Art moderne d’Ankara où a eu lieu cet assassinat, qui n’a rien de fictif, ou par le titre de l’exposition que venait inaugurer l’ambassadeur, qui pour le coup n’a pas été vraiment verni : La Russie à travers les yeux turcs. Imaginant la haine dans le regard du tueur sur sa victime.

Sans simplifier à outrance les rapports entre les deux ex empires, je ne suis pas sûr que cet assassinat arrange la situation, ni celles des habitants d’Alep au nom desquels le tueur semble avoir agi plus que par ambition artistique.

Mais, au moment des tueries spectaculaires de masse, au camion ou autre véhicule piégé ou non (comme en Allemagne au même moment), ce “simple” assassinat d’une balle dans le dos a un côté quelque peu suranné et minimaliste, très contemporain du coup.

Enfin, avouez que le résultat visuel de ce cadavre est beaucoup plus réussi que d’autres, dont on viendrait même à douter de la véracité, comme sur cette photo prise dimanche à al-Barid dans les environs de Mossoul. Trop de réalisme tue le réalisme… (même si les enfants semblent apprécier)

(Photos : Hasim Kilic, Manu Brabo)

Puisque j’en suis à rajouter des images et à parler de mort, je voulais saluer la mémoire de Michèle Morgan, décédée hier à 96 ans, et qui m’a quand même fait rêver…

… ainsi que de Philippe Becquelin, mort lundi, plus jeune (58 ans) et qui m’aura fait beaucoup rire (et encore hier soir en lisant sa nécro chez nos confrères suisses) sous le nom de Mix et Remix :

Quelle coïncidence. Et je jure que je ne l’ai pas fait exprès. J’ai déniché la jeune Turque Gaye Su Akyol chez un de mes fournisseurs en musique du monde et n’ai appris qu’après avoir trouvé cet extrait de son nouvel album, Hologram Ĭmparatorluğu, que la traduction du titre de la chanson, Eski Tüfek, était … Vieux fusil.

Vivement Noël et la fin de cette révolution annuelle.