Un monde éborgné

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Slide 1

“Œil pour œil, et le monde deviendra aveugle.”

Je ne suis pas certain que Gandhi, auteur de cette citation (commentée ici à titre apocryphe) ait vraiment réussi à changer le monde tel qu’il le souhaitait, pour paraphraser une autre de ses célèbres citations, qui parfois m’agace…

Mais, alors que tant de paroles de haine, de commentaires violents, d’appels plus ou moins voilés (quelle ironie!) à la violence ont été exprimés depuis l’attentat de mardi contre un marché de Noël de Berlin, j’avais besoin de trouver un peu de paix.

Et j’ai souri avec cet enfant qui porte gravement sa rose en signe de pensée pour les victimes du camion fou qui a dévasté, au delà de la fête, les esprits de ceux qui vont de nouveau parler de guerre. Comme ces politiques irresponsables qui désignent des coupables avant même qu’une enquête ait lieu ou ces militaires qui demandent toujours plus d’argent pour se battre. Comme si plus de sous-marins nucléaires pouvaient arrêter un semi-remorque !

Sur le t-shirt de l’enfant, on peut lire une phrase en allemand, qui se traduit par : “L’amour pour tous, la haine pour personne.” Une bien belle devise. Inspirée par les “Musulmans contre la violence”, si j’en crois l’adresse du site internet indiquée sous la citation.

J’ai toujours une certaine tristesse quand les croyants d’une religion se sentent obligés, par une certaine pression médiatique et “populaire”, à s’excuser des crimes de certains de leurs coreligionnaires tellement éloignés de la foi. Sans parler de Dieu. Un peu comme si l’on me demandait, en tant que catholique baptisé, de me disculper des manifestations homophobes ou des opérations anti-avortements de quelques intégristes.

Le monde devient doucement aveugle. Il est peut être déjà borgne, ce qui nous empêche de bien embrasser le spectacle qu’il nous offre. Nous laissant à la merci des propos de haine de certaine héritière d’un célèbre borgne (je sais, c’est facile). Et d’autres.

Alors j’ouvre grand mes yeux, encore. Espérant que mon cœur ne soit pas trop fermé. Souhaitant, comme l’enfant à la rose, de l’amour pour tous et de la haine pour personne.

Et, puisque j’ai évoqué Gandhi (et ses échecs), je glisse une image douce en complément. Pour un regard paisible.

Une photographie prise bien loin de Berlin, sur le lac Anchar, où des pêcheurs se camouflent dans l’attente de poissons qui ne les verront plus… Une photographie prise un jour d’hiver, pas loin de Srinagar, dans un Cachemire toujours disputé et incertain.

Mais tellement beau !

Comme le monde.

(Photos : Hannibal Hanschke, Danish Ismail)

Et puisqu’un peu d’amour nous éloigne toujours de la haine, j’ai trouvé une vidéo du chanteur cubain Raul Paz, en concert à Barcelone, avec plusieurs de ses compatriotes, dont El Negri, avec lequel il interprète Amor con Amor

Si un amor se te va.
dale amor, que volvera, que volvera
si un amor se te va
dale amor que quedara, que quedara