Tuons les riches !

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J’avais réussi à m’épargner une journée de violence (et à vous aussi). Esquivant les images de tueries, d’attentats, de guerre, et même de Mário Soares…

Et patatras !

Voilà que, deux images sont venues me tirer vers la réalité.

Sur la première, on voit un cercueil emmené par des employés de pompes funèbre, dans une ambiance tout aussi funèbre. Dans le cercueil, le corps d’un adolescent, Jonel Castro Segovia, trafiquant ou consommateur supposé, tuée par des “vigiles”. Comme Sonny Espinosa, autre adolescent, sur le cercueil duquel pleure une mère éplorée. Comme cinq autres personnes ce jour-là dans ce quartier de Caloocan city, à quelques kilomètres au nord de Manille.

Deux images terriblement banales dans un pays où le meurtre de tous ceux qui touchent à la drogue est encouragé par le président, Rodrigo Duterte, qui a avoué récemment qu’il avait lui même participé au massacre.

Une folie réprouvée par l’ONU et les États-Unis. En attendant l’arrivée de Donald Trump, qui aurait apporté son soutien à l’éradication radicale du fléau. Comme la Chine, qui a déjà donné aux Philippines plus de 14 millions de dollars (et qui propose d’en prêter 500 autres millions) pour l’achat d’armes légères, de vedettes rapides et de lunettes de vision nocturne. Je ne connais pas le prix d’une paire de lunettes à voir dans le noir, mais j’imagine qu’avec 500 millions, on a de quoi voir venir, si je peux me permettre ce jeu de mots.

Cette “guerre” contre la drogue a déjà fait plus de 5000 victimes !

Sur la première image du jour, j’ai été frappé par l’affiche au premier plan, qui demande “Stop killing the poor”. Une phrase qui m’a rappelé cette boutade d’Alphonse Allais (publiée à titre posthume) :

“Il faut prendre l’argent là où il se trouve: chez les pauvres. D’accord, ils n’en ont pas beaucoup, mais ils sont si nombreux!”

Et je me suis demandé si on ne pouvait pas l’inverser en l’occurrence : “Tuons les riches, ils sont moins nombreux!”

D’abord, ça reviendrait moins cher (je rappelle que selon Oxfam, 65 terriens – dont seulement 9 terriennes – possèdent autant que la moitié la plus pauvre de l’humanité).

Ensuite, sans aller jusqu’à affirmer qu’on trouverait parmi eux beaucoup de dealers de drogues illicites, je suis de plus en plus convaincu que leur addiction à l’argent est tout aussi menaçante pour la planète.

Les tuer, oui mais…

En cherchant le titre du jour qui me venait d’une réminiscence, j’ai retrouvé (dans un excellent article de mon confrère Jean-Baptiste Bernard alias Le Charançon libéré) cette phrase de Paul Lafargue :

“Fusiller les riches de but en blanc serait de la folie : il faut d’abord les mettre en prison et les affamer jusqu’à ce qu’ils aient fait revenir de l’étranger l’argent qu’ils y ont caché… C’est seulement quand ils n’auront plus rien que nous les fusillerons.”

Honnêtement, je ne suis pas certain que cela solutionnerait tous les problèmes du monde, ni qu’une fois fusillés 62 personnes, 600 autres ne s’empresseraient pas – quand même – de les remplacer. Mais ça soulagerait un peu mon sentiment d’injustice.

À défaut de consoler les mères de Jonel Castro et de Sonny…

(Photo : Romeo Ranoco)

“Je ne vois pas ma musique comme quelque chose de particulièrement politique mais parfois il faut savoir prendre une position politique”, a déclaré fin décembre le chanteur étasunien James Taylor, pour justifier l’annulation de son concert à Manille, prévu le 25 février prochain.

Encore un qui va bien s’entendre avec son prochain président.

Sur son site, j’ai trouvé cet hommage rendu à Leonard Cohen en compagnie de YoYo Ma :