Tout le monde peut se tromper

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“Ils ont dit que c’était une bavure ! T’aurais vu la gueule de la bavure ! Moi, ça m’a fait passer l’envie de baver !” Coluche, in Le Flic (1975)

La dernière fois que j’ai parlé de bavure militaire, c’était lors du bombardement de l’hôpital de Médecins sans Frontières (MSF) à Kunduz, en Afghanistan, le 3 octobre 2015. Une “erreur” de cible de l’aviation étasunienne qui avait causé la mort de 42 personnes.

Mardi, c’est l’armée nigériane qui a commis une “regrettable erreur opérationnelle”, selon les mots d’excuses du président Muhammadu Buhari, frappant un camp de déplacés (où intervient également MSF…) au lieu des positions du groupe Boko Haram. Le dernier bilan au moment où j’écrivais ces lignes était de 76 morts.

Victimes collatérales d’un accident regrettable ou d’une erreur tragique, les mots des communicants sont toujours un peu impuissants à relater l’horreur.

Le général Lucky Irabor, en charge de l’opération de mardi, a pour sa part invoqué le malheur :

“Malheureusement, la frappe a été menée, et il s’est avéré que des habitants ont été touchés. C’est le résultat du brouillard de la guerre. C’est malheureux. C’est la raison pour laquelle cette guerre doit se terminer.”

On a envie de généraliser la conclusion de ce brave général à tous les conflits qui embrasent notre planète et où de plus en plus de civils périssent. Bien plus que les militaires dont c’est pourtant la vocation…

Je sais que je suis d’une naïveté affligeante… Mais quand j’apprends – hier encore – que plus de 10.000 civils ont été tués au Yémen depuis mars 2015 et le début de l’intervention de l’Arabie saoudite, que Bachar al-Assad nous rappelle que les 90.000 civils morts en Syrie depuis le début de la guerre… civile sont “le prix à payer”, ou que je me souviens que la “guerre contre le terrorisme” a coûté la vie d’1,3 million de personnes (1.000.000 d’Irakiens, 220.000 Afghans et 80.000 Pakistanais), et j’en passe tellement, j’ai comme le vertige et une envie de vomir qui n’ont rien à voir avec un quelconque virus de la grippe.

Et j’ai tellement envie de paix. Et de quelque bonne nouvelle venue du ciel ou de cette terre.

Alors…

En cherchant les informations sur le bombardement ici ou là, je suis passé chez mes confrères d’Euronews. Lesquels, en marge de l’article où était cité le général Lucky Irabor dont j’ai repris plus haut les propos, me proposaient aussi une information titrée : “Vietnam : 44 ans après, la fille au napalm retrouve sa sensibilité cutanée”.

Et c’est comme ça que j’ai appris que Phan Thi Kim Phuc, brûlée par le napalm à Trang Bang, le 8 juin 1972, et dont la photo prise alors par Nick Ut est devenu emblématique, avait enfin retrouvé, grâce à un traitement au laser, une grande partie de la sensibilité de sa peau brûlée alors au “4e degré”… Et qu’elle peut maintenant sentir la main de son petit-petit-fils sur son bras.

Je sais que cette nouvelle et le sourire de Phan Thi Kim Phuc ne redonneront pas la vie aux millions de “victimes collatérales”. Mais ils m’ont redonné un peu de confiance dans le monde, sa guérison possible et sa capacité à retrouver … sa sensibilité.

(Photos : Emily Michot)

Quand on aime, on ne compte pas…

Alors, j’ai passé un bon bout de temps à retrouver le titre, puis la vidéo, de Ed io ero Sandokan, chanson (contre la guerre) composée par Armando Trovajoli pour Nous nous sommes tant aimés (C’eravamo tanto amati), l’un de mes 10 films préférés, réalisé par Ettore Scola, qui nous a quitté il y a tout juste un an aujourd’hui.

La vidéo vaut ce qu’elle vaut. Elle permettra au moins aux guitaristes de retrouver les accords de la chanson, aux italianistes de l’entonner à leur tour (pour les autres une traduction se trouve ici), et aux cinéphiles de revoir les regards de Vittorio Gassman et Stefania Sandrelli.

“Nous voulions changer le monde et c’est le monde qui nous a changé”, dit Nicola dans la film…