Position stratégique

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C’est la faute à Fillon. Et aussi, un peu, aux Anglais.

Normalement, ce blougui conserve une ligne éditoriale approximative mais toujours tournée vers l’étranger. Mais en explorant la galerie de mes confrères de la BBC sur la semaine africaine du 25 février eu 2 mars en photos, mon regard a été arrêté par la photo du jour.

Dont on se rend vite compte qu’elle n’a pas été prise sur le continent africain, mais à Paris. Plus exactement Place du Trocadéro.

Où samedi 25 février, à vue de nez, malgré le peu d’informations que j’ai pu trouver sur le nombre de participants rassemblés, on était loin de la centaine de milliers. Comme avant-hier…

Pourtant, les revendications de cette poignée d’opposants djiboutiens, en exil en France, mériteraient d’être davantage entendues que les jérémiades sarthoises.

À la veille de la visite officielle du président Ismaïl Omar Guelleh, ils espéraient dénoncer le caractère fort peu démocratique de l’homologue de François Hollande, s’adressant directement (par médias interposés) à notre toujours “moi président” :

“Nous lui disons : vous allez recevoir Ismaïl Omar Guelleh, ce qui est une mauvaise opération puisque Omar Guelleh a une politique antidémocratique dans son pays. Aucune opposition à Djibouti ne peut fonctionner. La société civile, les opposants… à Djibouti, pratiquement tout le monde est sous surveillance. Djibouti est un pays complètement fermé à la liberté, à la démocratie, aux élections.”

Et au cas où François Hollande ait quelques problèmes de compréhension de l’accent local, l’Association des chrétiens contre la torture (Acat) a précisé le message :

“Djibouti représente certes une position géostratégique importante et fondamentale, notamment avec une base française à Djibouti. Il y a aussi des intérêts économiques importants. Mais dans quel État sommes-nous ? Comment peut-on parler d’État de droit à Djibouti alors que même la justice n’est pas respectée dans le pays.

Mais ce n’est pas une poignée de noirs qui allaient faire plier la diplomatie française, moins soucieuse de défendre les droits de l’homme que les intérêts stratégiques et commerciaux de la France. Surtout face à une concurrence chinoise, plus grandissante que la démocratie en Chine. Ou à Djibouti.

Pendant ces trois jours de visite à Paris, Ismaïl Omar Guelleh a pu donc rencontrer tranquillement François Hollande, mais aussi le président du Sénat Gérard Larcher, le ministre de la défense Jean-Yves le Drian, le secrétaire d’État au développement et à la coopération Jean-Marie Le Guen et des représentants du Medef.

Sans déclaration publique ni aucune publicité. Mais avec un soupçon de mauvaise conscience :

“On sait qu’Ismaïl Omar Guelleh n’est pas un démocrate, que la presse est muselée, que les droits de l’homme sont une blague, mais sortir nos trompettes est contre nos intérêts.”

Si c’est pour notre intérêt… On peut bien se foutre d’une poignée d’Africains en exil.

(Photo : Thomas Samson)

La chanteuse Nima Djama Miguil semble elle aussi vivre en exil au Canada. On la comprend vu le comportement des forces de l’ordre quand elle revient “au pays”. Mais elle n’oublie pas pour autant ses compatriotes auxquels elle dédie cette chanson. Qui ne va pas aider à son prochain retour…