Quelles conneries ?

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“Bien entendu, on peut sauter sur sa chaise comme un cabri en disant ‘l’Europe !’, ‘l’Europe !’, ‘l’Europe !’, mais cela n’aboutit à rien et cela ne signifie rien.” Charles de Gaulle

Rassurez-vous : la présence de mongénéral en exergue du billet du jour ne témoigne en rien de mon ralliement au gaullisme. Et si j’avoue que regarder ces images d’archives en noir et blanc éveille toujours en moi une certaine nostalgie, elle est pour mon enfance et non pas pour lé régime dans lequel j’ai grandi.

Pour mémoire, ces mots devenus célèbres furent prononcés entre les deux tours de l’élection présidentielle de 1965 (autant dire que je ne les ai pas entendus en direct…) et on n’imagine mal François Hollande se permettre une telle récidive en mai prochain.

Bref.

À propos d’Europe et d’élection présidentielle.

J’aurais pu parler de l’Union européenne, qui fêtait ce week-end ses 60 ans avec, quoi qu’en disent les différents chefs d’état, comme un air de “vivement la retraite” et pas moins de six manifestations à Rome, pour, contre ou je ne sais quoi.

Mais ça faisait beaucoup de photos à trier pour reconnaître les différents courants. Et puis, à cause du Figaro, je suis tombé sur la photo du jour. La copieuse lettre d’information que m’a adressé hier le premier quotidien national débutait en effet avec les fanfaronnades d’un certain François Fillon, affirmant “Je vais gagner” (et j’avoue ne pas avoir lu l’article pour apprendre gagner quoi ou combien…), et se clôturait avec cette image qui m’a marqué.

Pas seulement parce que sorti du noir et blanc de mon enfance, la violence en couleurs m’a heurté. Mais à cause de l’attitude décontracté du tireur et du sourire que je lui ai projeté.

Comme un signe de plaisir.

Je reconnais que ce doit être loin d’une partie de plaisir de combattre de puis des années – six depuis le 15 mars 2011 – le régime de Bachar El-Assad. Et je n’ironiserai pas sur une guerre qui a tué plus de 465.000 personnes et obligé plus de la moitié des habitants à fuir.

Mais cette rage.

La photo a été prise à Damas, le 19 mars, la veille du printemps (comme ce fameux printemps arabe qui a tourné à l’orage…) et quatre jours avant la reprise de négociations de paix à Genève. Des négociations qui s’enlisent. Et des combats qui se poursuivent.

Et la paix ?

Parmi les embryons de proposition qui sont évoquées pour donner un nouveau souffle à l’Europe, on a du mal à discerner une Europe de la justice sociale ou de l’équité fiscale, mais on nous parle depuis quelque temps déjà “d’Europe de la défense”.

Une nouvelle armée, de nouvelles forces, de nouvelles armes. Qui s’ajouteront aux 1.676 milliards de dollars dépensés par le monde en 2015 pour faire la guerre ou s’y préparer. 2,3 % du PNB mondial ou, si ça vous parle davantage, 400 fois la somme que l’ONU espérait recueillir d’ici la fin du mois pour sauver de la famine 20 millions de personnes.

Et la paix ?

On m’objectera que je mélange tout et que je délire à partir d’une image de combattant en plein jeu vidéo réalité (comme il ya une télé du même style).

Mais je trouve que le monde aussi délire un peu. Et je trouve que cette Europe, balbutiante malgré ses 60 ans et qui se vit décerner en 2012 le Prix Nobel de la Paix, pourrait avoir un meilleur projet que celui de se défendre.

Et, n’arrivant pas à conclure, je rendrai hommage à Prévert plutôt qu’à un militaire, en me demandant : Sommes nous si cons ?

(Photo : Amer Almohibany)

Son dernier disque s’appelle Salvamm’o munno (Sauver le monde) et la chanson qui me l’a fait connaître, extraite d’un CD précédent, Abbi pietà di noi.

Enzo Avitabile, comme une suite logique à ce qui précède.