Déchirer le silence

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Slide 1

Un billet du week-end publié un dimanche. Non pour faire honneur à notre futur président qui aime tant le travail dominical, mais pour respecter l’obligation de réserve de la veille de l’élection…

Mais aujourd’hui.

Je laisse tout le monde libre d’aller voter Macron, cédant aux sirènes d’alerte qui nous assourdissent depuis 15 jours, comme les électeurs ont cédé à l’injonction publicitaire de l’année écoulée, témoignant de leur réceptivité à la propagande du renouveau et du vote utile.

Durant 15 jours, j’ai subi (et résisté) au rouleau compresseur qui voulait me culpabiliser d’avoir voté pour un idéal de gauche, une France insoumise dont j’aimais les clins d’œil. Et à chaque nouvel argument (peu renouvelé), j’ai pensé à ces millions de mes concitoyens (8.657.326 exactement) qui ont voté POUR Macron.

Et auxquels personne ne demande d’avoir honte de quoi que ce soit.

Un vote d’adhésion à quelle idéologie ?

Un vote motivé par quel triste calcul de quel vote utile ?

Un vote finalement logique, 5 ans après que les électeurs “de gauche” aient été privé de bulletin Strauss-Kahn, suite aux frasques de l’ancien ministre des Finances (lui aussi) et alors directeur du FMI, où il s’exprimait sur un “coût du travail” trop élevé dans notre pays, et dont j’aurais préféré qu’il soit déchu de cette violence faite à la classe ouvrière plutôt que d’une sinistre histoire de viol.

Un vote légitimé par tellement de soutiens, que chacun peut trouver une caution (Renaud, Cohn Bendit ?) pour recommencer aujourd’hui à voter – “utile” et sans besoin de gants ni de pince à linge – pour ce type de rien, ce “porte-parole de l’oligarchie”, ce VRP d’une Europe de la rigueur, ce champion de la modernité et du progrès, qui sont toujours des injonctions à nous débarrasser de droits, parfois durement acquis, à faire enfin place nette de l’héritage du Programme National de la Résistance, Les Jours heureux.

Voter finalement pour ce que tant désirent, recroquevillés dans leur peur du lendemain et de l’audace de changements humains.

Et quelle culpabilité pour les quelques tièdes qui ont encore voté PS ? Faisant une nouvelle fois perdre la gauche par ce suffrage accordé à un parti qui a depuis si longtemps rayé les ouvriers (et tous les nouveaux prolétaires) de la liste de ses cibles privilégiées. Une “clientèle” abandonnée au FN, avec un discours haineux mais aussi compréhensif et compréhensible pour ceux qui se tapent des heures supplémentaires ou plusieurs boulots de merde pour juste survivre, et que Macron privera encore demain de quelques droits sociaux au prétexte de baisser leurs “charges”…

Je ferai ce que je veux dans l’isoloir. Et n’ai envie ni besoin d’aucune parole de compréhension pour mon vote, blanc ou tellement moins nul que les deux candidats qu’il me reste à départager.

Je suis juste soulagé que cesse cette campagne d’appel à la raison qui me submerge depuis 15 jours, à coups d’explications oiseuses sur l’abstention différentielle, de dépoussiérage du front républicain, de péril fasciste qu’on rangera tranquillement dans le frigo dès lundi, pour nous en resservir une tranche dans 5 ans. Sans rien avoir changé à ses causes, sans avoir apporté de réponse alternative à cette réponse odieuse et tellement simpliste que propose la famille Le Pen.

Je suis soulagé de ne plus entendre tous ces méritants journalistes, qui oublient qu’ils ne sont pas tous éditorialistes et qui s’arrangent avec leur déontologie comme ils l’ont jetée aux orties pour donner tant de place et finalement tant d’importance à celui qui n’aurait dû être qu’un “petit” candidat sans parti. “Confrères” qui durant ces 15 jours (et avant…) m’ont si souvent évoqué cette pensée unique d’une presse non libre qu’ils m’ont en même temps menacé de subir si MLP prenait le pouvoir.

Nous n’étions pas si nombreux dans les rues contre la loi travail. Moins en tout cas que les électeurs de Macron au premier tour. J’ai horreur des phrases toutes faites, mais je ne peux m’empêcher de penser que nous avons ce que nous méritons, ce que nous désirons inconsciemment, dans un pays devenu tellement de droite, c’est à dire attaché à préserver l’ordre, et si peu de gauche, c’est à dire prêt à prendre le pari de la remise en cause.

Mais il paraît que c’est un clivage dépassé dans un vieux logiciel. Et le temps est venu des innovateurs des applications inutiles donc indispensables.

Je vous souhaite un bon dimanche et plein d’autres jours heureux à venir.

Et, en réponse au dernier commentaire laissé cette semaine sur ce blougui, je vous offre un ciel à regarder. Beau, rougeoyant, mais chargé de fumée noire. Résultat de trois jours de bombardement sans trêve sur Gaza par l’armé israélienne. C’était en décembre 2008.

Après tout ce blougui a comme sous-titre : Regard sur le monde. Malgré tout, oui.

(Photo : David Silverman)

La mosaïque du jour est déjà passé par ici… En janvier 2011.

Mais comme le mémoire est parfois volatile

Bref.

Les Working Class Heroes du jour sont :

  1. John Lennon
  2. Marianne Faithfull
  3. David Bowie
  4. Noir Désir
  5. POING et Maja S.K. Ratkje
  6. Cyndi (Ann Stephanie) Lauper
  7. Green Day
  8. Dabi Touré
  9. Puniša, en guest star de Croatie…