En vert et contre tous ?

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“Tout le bonheur du monde est dans l’inattendu.” Jean d’Ormesson (Libération – 23 Décembre 2000)

Avouez qu’abcdetc citant d’Ormesson, ça c’est de l’inattendu. Mais comme je m’habitue aux citations d’exergue et que c’est la première que m’a proposée … Le Figaro. Oui, je sais : c’est tout de suite moins inattendu.

Bref.

J’ai été fort étonné ce matin de l’étonnement planétaire suite à la décision fort peu inattendue de Donald Trump de dénoncer l’Accord de Paris sur le climat.

Après tout, le président étasunien l’avait promis.

Bon je sais : les promesses n’engagent que ceux qui y croient (comme les belles promesses sans contrainte de ce fameux accord “pragmatique” sur le climat ?) et cela n’aurait pas été la première promesse non tenue par Donald Trump. Qui semble par ailleurs renoncer – pour l’instant – au déménagement de l’ambassade étasunienne à Jérusalem, ce qui est pour le coup une plutôt bonne nouvelle.

L’avantage d’une nouvelle prévisible, c’est qu’elle a donné aux réactifs unanimes le temps de préparer leurs réactions et de nous en proposer une joyeuse déclinaison : une faute honteuse, une grave erreur ou une erreur majeure, une décision dramatique, funeste, inadmissible, irresponsable ou calamiteuse, un choix gravement erroné, une injure à l’avenir, un très grave délit contre l’humanité… J’en passe et excusez l’absence de guillemets et d’attribution des propos à leurs auteurs respectifs.

Elle a donné aussi à notre nouveau président le temps de peaufiner son discours en anglais, dont je ne commenterai ni l’opportunité ni la justesse, mais dans lequel j’ai quand même relevé le passage où il invite les scientifiques et ingénieurs des États-Unis à venir travailler dans l’Hexagone sur le climat, en leur promettant que “en France, ils trouveront une seconde patrie, et des solutions concrètes”. Une idée pour les millions de migrants, victimes du climat météorologique ou de mondialisation sauvage : dites que vous êtes venus à titre d’exemple des effets dévastateurs d’un développement fou et tellement inégal.

Donald Trump a juste donné une nouvelle occasion à ses collègues “dirigeants” de continuer à afficher leur bonne conscience en défendant un accord flou, non contraignant et totalement compatible avec la grande hypocrisie du “développement durable”.

Nous allons tranquillement continuer à fabriquer à bas coûts à l’autre bout de la planète, à produire intensivement de la malbouffe en épuisant les sols à grands coups de pesticide ou en déboisant intensivement, à éloigner de plus en plus les pauvres des villes où ils ne trouvent plus à se loger décemment tout en les culpabilisant quand ils viendront travailler avec leurs vieilles bagnoles pourries plutôt que dans des voitures propres comme le promettent des logiciels truqués, à développer le transport aérien pour ceux qui en ont les moyens et en autocar pour les autres, à consommer de plus en plus, mais durablement hein, tout en “aidant” les pays les plus pauvres à ne pas se développer comme nous pour conserver nos modes de vie insoutenables… et laisser faire les inégalités. À ne surtout rien remettre en cause de la financiarisation toujours croissante et de son impact sur la planète, que nous promettrons toujours de laisser à nos enfants avec moins de carbone mais davantage de déchets nucléaires…

Donald Trump ou pas, j’ai parfois bien du mal à garder ma confiance en l’avenir repeint en vert.

À propos de verdissement de façade, la maire de Paris Anne Hidalgo a décidé que l’Hôtel de Ville serait éclairé en vert hier soir pour “marquer la désapprobation” de la capitale française.

Mais comme abcdetc a une vocation à montrer le monde plutôt que la France, c’est le Sphynx et l’une des Pyramides (ne me demandez pas laquelle…) que j’ai choisi de vous montrer, éclairés de la même couleur. Et tant pis si cet colorisation n’a rien à voir avec la décision trumpienne puisque c’est juste une image de promotion touristique.

J’ai bien le droit moi aussi de jouer avec la réalité.

(Photo DR)

Allez… Ne désespérons pas : ce monde reste merveilleux et nous propose tellement de belles choses à savourer.

Comme cette chanson de Lara Bello, extraite de son dernier album Sikame, et illustrée par les dessins d’animation du studio El Buen Árbol.