A gauche tous ?

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“En mai, fais ce qu’il te plaît. En juin, vire Theresa May…” Proverbe britannique apocryphe et de circonstance

Ainsi donc, la Première ministre britannique a perdu son pari. En convoquant des élections législatives anticipées, Theresa May espérait renforcer son pouvoir dans la perspective des négociations du brexit avec l’Union européenne. Elle a perdu la majorité absolue à la chambre des communes et, même si elle se prépare quand même à continuer de gouverner, elle est plutôt affaibli, pendant que son adversaire, Jeremy Corbyn, fait figure de gagnant d’une élection que son parti travailliste n’a pas gagné mais où il renforce quand même sa présence.

Ainsi, celui que tant de médias désignaient comme un looser qui allait plomber son parti, un dangereux pacifiste, un tenant de l’ultra-gauche, etc. a fait mentir les pronostics et démontré qu’il était possible de croire qu’il existe une alternative à l’idéologie de la rigueur budgétaire et de la démission du service public.

Il reste encore du chemin pour que le chœur éditorial cesse de dénoncer les dangereux populistes qui osent encore revendiquer la possibilité d’une réelle politique de gauche, mais, en attendant, la “victoire” de Jeremy Corbyn est un souffle d’espoir salutaire.

Surtout à la veille de nos propres élections législatives où l’on nous annonce, avec autant de résignation que de délectation, la victoire d’un parti tout neuf (?) avec au programme un projet – flou mais déterminé – de nouveau code du travail mettant en cause des droits “archaïques” mais bien souvent durement acquis, une banalisation de l’état d’urgence, des baisses d’impôts pour les plus riches qui “participent à la création de richesses” au détriment des plus pauvres pour sortir de la “logique d’assistanat”, une allégeance au néolibéralisme européen, une moralisation douteuse de la vie politique, le tout porté par une idéologie de la gouvernance sur un modèle – forcément moderne – entrepreneurial, un éloge de l’individu, de sa réussite et de son supposé mérite, opposé à l’esprit collectif qui rimerait avec collectivisme, un éloge répété d’un “progrès” pas nécessairement partagé par tous, et sous contrôle étroit de la communication (qui a pourtant permis la victoire de mai dernier) et promu par un homme dont il est permis de douter du profond humanisme… N’en jetez plus. Ça ne fait que commencer.

Alors, à la veille de ces élections, j’ai envie de croire encore que cette (en) marche vers le progrès, qui s’apparente plus à un piétinement programmé et assez régressif, ne trouvera pas de majorité pour la soutenir.

Ou alors… Nous aurons ce que nous méritons !

Et pour illustrer le billet du jour, j’ai choisi une photo de Jeremy Corbyn prise avant les résultats en Grande-Bretagne. À cause de la rose qui rappellera peut être à certains, que sans aucun qualificatif d’ultra ou autre, elle fut naguère (ou plutôt jadis) le simple symbole d’une certaine idée de gauche…

(Photo : Murdo Macleod)

Parce que c’est samedi, à cause du surnom Jezz donné à Jeremay Corbyn et de son “high-five” raté (ce qui est mieux que de rater toute une campagne comme l’a fait Theresa May…), je vous ai préparé ça :

Take Five par Dave Brubeck Quartet, le Tito Puente Jazz latino, le North East Ska Jazz Orchestra, Aziza Mustafa Zadeh, Dave Brubeck & Al Jarreau. Ce qui nous fait bien cinq interprétations, auxquelles j’ai ajouté une chanson méconnue de Richard Anthony : Ne boude pas.