Transparence et sensibilité

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“T’es pas transparent et ton père est pas vitrier !” Rengaine d’autrefois

Il y a longtemps que je ne regarde plus la télévision (sauf parfois le football en streaming sur l’ordinateur) et que personne ne vient s’interposer entre l’écran et moi.

Mais les problèmes de transparence demeurent d’actualité.

Hier, les eurodéputés ont fait, comme disent mes confrères ici ou , un “pas vers la transparence” en votant pour une directive qui oblige les multinationales à rendre publiques “pays par pays” leurs données comptables et fiscales. Une réaction aux récents scandales d’évasion fiscale en masse (LuxLeaks ou Panama Papers) à la portée plutôt symbolique et aux effets limités.

Le texte ne vise en effet que les entreprises ou filiales réalisant au moins 750 millions d’euros de chiffre d’affaire. On imagine que ça va filialiser à tout de bras dans les multinationales pour descendre au-dessous du seuil de transparence. Et même pas forcément, puisqu’un amendement au projet initial a introduit de possibles dérogations à la transparence en cas d’informations jugées “commercialement sensibles”.

Quand on connaît la sensibilité des multinationales, fort douillettes dès qu’il s’agit de payer des impôts, on imagine que le secret des affaires et de la fraude a encore de beaux jours devant lui…

“C’est un pas en avant dans la lutte contre l’évasion fiscale”, a également commenté Oxfam, qui s’y connait. Tout en modérant son enthousiasme : “Le texte présente encore des failles qui permettront aux entreprises de se soustraire à cette obligation.”. Une poignée de militants a d’ailleurs manifesté devant le parlement de Strasbourg, mettant en scène de faux milliardaires sirotant des cocktails sous un parasol, dans un décor de palmiers évoquant vaguement un paradis fiscal, aussi peu vraisemblable que la mise en place d’une fiscalité juste, dans laquelle les multinationales payeraient autant que les particuliers. Et de manière harmonisée dans tous les pays européens.

Je rappelle aux pdg qui se seraient égarés sur ce blougui que les impôts servent aussi à maintenir leurs salariés en bonne santé, à les éduquer et à les former, éventuellement à les loger et les transporter jusqu’à leur lieu de travail par les mêmes routes ou voies ferrés, navigables ou aériennes qui permettent d’acheminer les marchandises produites…

Je rappelle aussi que, selon les chiffres même du ministère des Finances, l’évasion fiscale coûterait à la France 60 à 80 milliards par an. À comparer aux 8 milliards de “dérapage” budgétaire légué par notre ancien gouvernement. Qui ont déjà motivé un nouveau gel du salaire des fonctionnaires.

Lesquels ont bien du mal à frauder le fisc et aimeraient bien s’acquitter de 4,1% d’impôts sur le revenu, comme les 12100 entreprises de plus de 2000 salariés citées dans la même page du même ministère

Mais comme disait un eurodéputé pour défendre l’amendement sur la “sensibilité commerciale”, il ne faut pas risquer de porter préjudice aux entreprises. Même si cela porte préjudice à des millions de citoyens privés de ressources et soumis à la rigueur ?

(photo : Frederick Florin)

En attendant que l’Union européenne se mette d’accord sur la “liste noire des paradis fiscaux”, l’OCDE vient de publier la sienne, facile à retenir puisqu’elle ne comporte … qu’un pays : Trinité-et-Tobago.

Allez, rions un peu et profitons en pour réécouter la reine du calypso, Calypso Rose.