Justice !

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“Nous briserons les murs de la peur”, Kemal Kiliçdaroglu, dimanche 9 juillet, Istanbul.

Si j’évoquais hier la Turquie en pensant aux Kurdes, aujourd’hui j’y reviens. Mais avec une autre opposition.

Celle du Parti républicain du peuple (CHP), dont le leader, Kemal Kiliçdaroglu, a réuni dimanche plusieurs milliers de personnes à l’issue de sa “longue” marche de 25 jours et de 430 kilomètres entre Ankara et Istanbul pour protester contre la condamnation à 25 ans de prison pour “espionnage” du député Enis Berberoglu.

En Turquie, l’immunité parlementaire ne semble pas exister davantage que le droit à l’information (le député avait juste livré au journal Cumhuriyet des vidéos prouvant des livraisons d’armes par la Turquie à des groupes islamistes syriens) et la justice semble aux ordres du pouvoir.

Le mot d’ordre des manifestants Hak, Hukkuk, Adalet (droit, loi, justice, en turc) rappelle combien ces notions élémentaires sont mises à mal depuis près d’un an, et le coup d’état avorté, qui a conduit au limogeage de 100.000 fonctionnaires, dont 5000 juges, et à emprisonnement de 50.000 autres.

Une politique carcérale qui ne s’est pas calmée avec la victoire d’Erdogan au référendum d’avril dernier qui renforce encore ses pouvoirs et que les Turcs ne sont  seuls à subir. Plusieurs organisations occidentales font l’objet de suspicion d’espionnage et de harcèlement. Hier, un mail m’apprenait l’arrestation de la directrice d’Amnesty International Turquie, İdil Eser, et de 9 autres membres de l’organisation pour appartenance à une “organisation terroriste armée”. Ou comment accuser ceux qui pourraient vous mettre en cause.

Les soutiens de Kemal Kiliçdaroglu ont comparé son initiative à la célèbre “marche du sel” de Gandhi en 1930 contre le pouvoir britannique en Inde, se vantant même que leur leader ait fait mieux que le Mahatma qui n’avait alors marché “que” pendant 386 km. Il avait fallu 17 ans d’autres combats entre la marche du sel et l’indépendance de l’Inde. Souhaitons aux Turcs là aussi de “faire mieux” et de ne pas attendre aussi longtemps que revienne simplement la justice dans leur pays.

(Photos : Yasin Akgul, Lefteris Pitarakis, Gurcan Ozturk, Umit Bektas)

À propos de Turquie…

Si le Trio Tekke s’est formé à Londres, il revendique toujours ses racines Chypriote à Nicosi, où il se produira en concert à la fin du mois.