L’enfance encore ?

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“L’enfance
Qui peut nous dire quand ça finit
Qui peut nous dire quand ça commence
C’est rien avec de l’imprudence
C’est tout ce qui n’est pas écrit…”
Jacques Brel

Je sais. J’ai déjà utilisé la phrase du jour en exergue. Au mois de mai dernier. Pour un billet titré Bonjour l’angoisse, avec deux images en provenance de Manille, aux Philippines.

Et c’est sans le faire exprès, par hasard, par coïncidence et en clin d’œil inconscient, que la chanson m’est revenue en regardant la photo du jour, prise à Manille.

À cause de l’enfant bien sûr. Et de Brel aussi. et de cette enfance à écrire, à “revivre infiniment” (c’est plus loin dans la même chanson pour ceux et celles qui ne connaîtraient pas.

Je ne revivrais pour rien au monde mon enfance dont je n’ai pas le souvenir qu’elle fut le paradis qu’évoquent les amnésiques. Je ne suis pas pressé non plus d’y retomber, expression étrange pour parler de la décrépitude de la conscience, un peu méprisante pour les enfants. Quand on y pense.

Je n’en garde pas moins la nostalgie. À cause de l’infini des possibles, de l’inconscience, de l’imagination, du rêve de tout ce que je ferai quand je serai grand. Question qui vient encore souvent me traverser sans vraiment trouver de réponse.

Et quel rapport avec l’enfant de Manille ? Je digresse, je sais. J’aime aussi ça.

La photo a été prise le 6 septembre dernier (jour anniversaire de ma dernière paternité…) dans un centre “d’évacuation” à Manille où sont réfugiés des familles obligées de fuir la ville de Marawi, au sud de l’archipel, où l’armée philippine ne parvient toujours pas à déloger les djihadistes qui occupent la ville. Depuis 100 jours déjà.

J’ai d’abord été surpris – choqué? – qu’un enfant fuyant les combats joue à son tour avec une arme, même en carton. Et je me suis souvenu des pistolets de mon enfance, en plastique ceux-là. Qui ne m’ont pas rendu plus belliqueux que ça. Alors j’ai eu de l’indulgence, une certaine empathie.

Et moi qui rêve encore, un demi siècle plus tard, de retrouver mon âme d’enfant et l’instinct d’invention qui va avec, j’ai alors espéré assister au triomphe de l’enfant, de l’enfance, à sa capacité de résilience (même si c’est un mot que l’enfant ignore et qu’il m’a fallu quelques efforts pour retrouver dans une mémoire en désordre), à son combat contre les démons d’une vie qui ne s’arrêtera pas dans cet exil causé par une bande d’exaltés, semant la terreur au nom d’une religion qu’ils déshonorent.

Je ne sais pas si je ne vais pas, dès aujourd’hui, me fabriquer un pistolet de carton pour abattre tous les ennemis qui pullulent. Et me séparent de l’infini. Je ne sais pas si ça marchera contre les ennemis intérieurs.

(Photo : Romeo Ranoco)

En attendant de “revivre infiniment” l’enfance, la vie continue. Dans ce monde là.

The World that we live in. C’est la chanson du jour. Un blues de circonstances, signé Sugaray Rayford.